Lecture de Bernard Friot

Bernard Friot : « L’enjeu des retraites ».

Le capitalisme, de manière spécifique, mesure la production par le temps de travail moyen nécessaire à cette production, ce qui engendre une dynamique infinie, c’est-à-dire de plus en plus de produits, de plus en plus de consommation, de plus en plus de pouvoir d’achat, mais cette étroitesse du raisonnement qui consiste à tout calculer par le temps de travail abstrait, à tout évaluer par la marchandise, c’est-à-dire par le profit, proportionnel au temps de travail effectif, se révèle de plus en plus obsolète par ses effets négatifs sur l’homme et sur l’environnement. Si l’on veut dépasser le capitalisme, il faut s’en prendre à ce qui en fait la spécificité, non la lutte de classes ou la domination d’une classe, mais la domination des structures abstraites du temps, le postcapitalisme ne pouvant se réaliser qu’après l’abolition de la valeur travail, c’est-à-dire l’abolition du joug du temps de travail abstrait.

Pour réaliser ce dépassement, il faut observer que, à l’intérieur du capitalisme, existent des institutions alternatives aux institutions du capital, en l’occurence les institutions salariales, institutions qui ont fait leurs preuves, dont on a fait l’expérience de la validité, et que nous pourrions développer de manière rigoureuse, cohérente et complète, ce qui permettrait une transition réaliste.

Parmi les institutions salariales, il y a la distinction entre grades et postes qui existe pour les fonctionnaires, c’est-à-dire l’attribution de la qualification non au poste mais au grade, c’est-à-dire à la personne du fonctionnaire, et on peut parler d’un salaire à vie à la qualification personnelle dans la mesure où la retraite continue le salaire, le retraité étant considéré encore comme un fonctionnaire, un salarié.

Dans le privé, sous la pression des luttes et par des compromis, les employeurs ont attribué une qualification au poste, si bien que celui qui occupe le poste se voit attribuer cette qualification, et à la retraite, comme le fonctionnaire, le salarié du privé a un salaire à vie à la qualification.

Cette conquête des travailleurs du privé est remise en question par les réformateurs. Pour les réformateurs, le travailleur serait doté d’une capacité de gain, il serait par définition inemployable, à la recherche infinie d’une employabilité par définition jamais atteinte, il serait donc un mineur social, mais il serait un employé prévoyant, puisqu’il consacrerait une partie de la monnaie qu’il a gagnée à des comptes épargne de toutes sortes, et comme ces comptes sont toujours insuffisants, la solidarité nationale lui assurerait une sécurité minimum, il serait ainsi considéré comme un assisté, un pauvre, et non un producteur définissant les fins et les moyens du travail.

Parmi les institutions salariales, il y a le régime de retraite à la qualification. Le retraité est payé en fonction de sa qualification. Le retraité n’est pas un inactif. Son activité est pleinement un travail, mais un travail hors emploi, c’est-à-dire un travail libéré de la dictature du temps de travail abstrait, libéré du marché du travail, libéré des présupposés de la marchandise. Le retraité explore les nouveaux chemins du travail tels qu’ils seront dans la société post-capitaliste.

Notons que les professionnels de santé ou les intermittents du spectacle sont aussi payés à la qualification.

Sous le capitalisme, la création monétaire est proportionnelle non à la qualification estimée des travailleurs, mais à la valeur des marchandises qu’on estime pouvoir produire.

Le travail des professionnels de santé et le travail des retraités n’étant pas producteur de marchandises mais étant producteur de richesses, comptabilisées dans le PIB pour ce qui concerne les professionnels de santé, fait l’objet d’un flux de monnaie venant des entreprises, puisque seules les entreprises reçoivent le produit de la création monétaire, et la valeur de ce travail hors emploi doit faire partie du prix des marchandises, si bien que les entrepreneurs capitalistes parlent des cotisations de sécurité sociale et des cotisations retraite comme des « charges » du travail.

Le travail des fonctionnaires est également producteur de richesses, et il fait l’objet d’un flux de monnaie venant des entreprises et des salariés de ces entreprises, sous forme d’impôts directs ou indirects, si bien que ce flux rémunérant pourtant un véritable travail apparaît comme un « prélèvement obligatoire ».

La disqualification de l’employé au profit de l’actionnaire est une nécessité pour la survie du capitalisme, pour que survive la contrainte du temps de travail moyen nécessaire à partir duquel se calcule le profit.

Le droit de propriété lucrative est un droit de prélèvement ou d’accaparement d’une partie de la monnaie créée par les banques en fonction de ce qu’elles anticipent de la production des salariés au service du capital. Ce droit peut s’exprimer à travers la possession d’un titre qui prend de la valeur sous forme d’intérêts, de dividendes ou de liquidation supérieurs à la croissance de la production, dans la mesure où il y a un pillage du salaire, dans la mesure aussi où le titre est susceptible d’être acheté, ce qui suppose des gens et des instances suffisamment riches et suffisamment motivés pour acheter des titres. S’il n’y a plus d’acheteurs de titres ou s’il n’y a plus de monnaie, c’est-à-dire plus de travail, le titre ne vaut rien, il sera liquidé pour rien, les dividendes seront nuls.

Les investissements de long terme peuvent se faire sans passer par les marchés financiers, grâce à une cotisation économique, ce qui permettrait de justifier la participation des salariés à la définition des buts et des moyens du travail.

Si on n’a pas besoin d’investisseur, on a besoin d’entrepreneurs animant les entreprises définies non par leurs employeurs ou leurs actionnaires mais par le produit fabriqué.

Dans le postcapitalisme, la qualification se définira par des instances qu’il faudra développer et sera validée par d’autres instances.

La qualification personnelle est un ensemble de capacités transversales, des capacités transversales dans l’audiovisuel, des capacités transversales dans le domaine énergétique, etc.. Les qualifications peuvent être élaborées par des conventions collectives. Alors que l’école certifie, l’entreprise qualifie.

La qualification est associée à un salaire. On pourrait définir cinq degrés de qualification tous supérieurs au SMIC.

La qualification est associée également à un groupe de pairs composé de collègues qui partagent les mêmes capacités transversales.

Le développement de la qualification est garanti par des institutions représentatives.

Dans une entreprise définie non par un employeur mais par ce qui est produit, les salariés ont tous une qualification reconnue indéfiniment, ils s’associent dans un collectif de travail et ils y associent leurs réseaux de pairs, avec l’animation d’un entrepreneur élu, dirigeant selon des buts et des moyens définis par l’ensemble des salariés.

Dans le capitalisme actuel, la solidarité salariale peut consister en l’aide des salariés qui sont sortis, en partie du moins, de la dictature de la valeur travail envers les autres salariés. En particulier, les retraités, explorant les voies d’un avenir débarrassé de cette dictature abstraite mais extrêmement efficace, peuvent faire profiter les autres salariés de leurs expérimentations.

La réforme visant à introduire toujours plus de marché du travail dans les entreprises et les administrations, avec une logique de l’emploi où l’employeur, maître des fins et des moyens du travail, disqualifie l’employé en force de travail, en demandeur d’emploi, la lutte contre la réforme doit mettre en avant la qualification à vie pour tous, mettre en question le processus capitaliste de déqualification.

Se faire le porte-parole des pauvres, des disqualifiés, c’est ne pas remettre en question le processus de déqualification.

Réduire la salarié à une simple capacité de gain, le salaire étant un gagne-pain qui doit être le plus élevé possible, c’est oublier que le salarié a la dignité de producteur, qu’il n’est pas seulement un consommateur.

Vouloir que le salarié ait une capacité d’épargne, de prévoyance, c’est alimenter la Bourse.

Vouloir assurer la sécurité du salarié par la solidarité nationale et la politique sécuritaire, c’est réduire le salarié au statut d’assisté, justiciable d’une politique de charité.

Dénoncer le faible niveau des minima sociaux ou du SMIC, c’est implicitement accepter le l’existence de ces institutions qui nient la qualification.

Réclamer la taxation des revenus financiers, le changement de l’assiette des cotisations, de modulation du taux des cotisations, c’est accepter l’idée que la cotisation est l’ennemi de l’emploi, c’est-à-dire c’est fragiliser le lien de l’emploi à la qualification.

Il n’y a pas plusieurs façons de défendre les retraités, les fonctionnaires, les catégories à statut, il ne s’agit pas de prendre une position défensive, il faut réclamer l’extension de leur statut à tous les salariés, à tous les travailleurs, il faut réclamer de façon claire et nette la qualification pour tous, le salaire à vie à la qualification personnelle, pour tous la distinction entre grade et poste, la maîtrise individuelle de la mobilité, l’absence de chômage, l’absence de contrat de travail, l’absence de marché du travail, la participation aux institutions représentatives.

Il faut refuser tout ce qui contribue à  valoriser les institutions du capital, c’est-à-dire refuser, de manière lucide et vigilante, tout ce qui dans notre lutte comporte un renforcement de notre aliénation, tout ce qui va à l’encontre de ce pourquoi nous luttons, toutes les actions qui peuvent fonctionner comme un boomerang.

De ce point de vue, est mystificatrice la conception implicite dominante qui fait croire que la vie politique dans les démocraties occidentales actuelles se construit comme dans une université avec possibilité d’expression libre et de discussion de tous les points de vue et de tous les projets, de manière rationnelle, devant le public des étudiants. En particulier, les actions qui visent à conforter l’idée que les médias ne sont que de simples médiateurs neutres entre le politique et le citoyen sont à proscrire. Les médias de masse de  sont un lieu essentiel de construction de l’hégémonie politique, en ayant conscience que la propriété des médias par les actionnaires ou leurs représentants et la domination des institutions du capital, limitent les marges de manoeuvre des journalistes et des programmateurs.

Chaque intervention d’une personne politique membre d’une union de gauche concrètement constituée dans les médias ou dans une conférence de presse devrait

premièrement comporter au préalable la dénonciation des mensonges ou des silences des médias et en particulier la non invitation dans les médias de certaines composantes de cette union de gauche concrètement constituée, ces non-invitations faussant la vie politique et sa rationalité,

deuxièmement réclamer des débats en direct avec présence de toutes les composantes de cette union et contrôle commun de l’animation de ces débats,

troisièmement affirmer solennellement ne pouvoir exprimer que les positions communes de l’union, avec le refus d’exprimer ses propres position, sans la présence des autres composantes de l’union,

quatrièmement demander la transformation en CDI de tous les emplois de l’audiovisuel, pour assurer l’indépendance des journalistes et des programmateurs et la qualité de ces biens publics que constituent la culture et l’information.

Telles sont quelques-unes des conditions pour que se développe un débat sur les projets politiques.

Le débat sur les retraites n’échappe pas à cette problématique d’une démocratie politique transformée par l’audiovisuel, une démocratie constituant un autre type de régime politique. La société capitaliste et la démocratie ne sont plus celles d’avant 1970. Il faut bien constater que certaines personnalités disant participer au mouvement contre la réforme des retraites, quand ils sont invités dans les médias, présentent les propositions de leurs organisations avant les propositions unitaires des organisations syndicales, manifestant ainsi publiquement et concrètement leur non-participation à l’union, même si elles viennent de participer à une manifestation contre la réforme des retraites.

Ce que l’on peut constater dans les débats entre forces de gauche, c’est souvent l’utilisation par certaines composantes d’ « arguments » extra discursifs, c’est-à-dire, au lieu d’exposer devant toutes les autres composantes sa position de manière rationnelle de telle façon qu’il y ait une véritable confrontation des points de vue, la composante de gauche, de manière en définitive malhonnête intellectuellement, d’une manière difficilement perceptible dans le contexte politique médiatisé actuel, compte sur le privilège qu’elle a, par rapport à l’accès aux citoyens, d’être plus souvent invitée dans les médias que les autres composantes, pour en quelque sorte fuir le débat direct et public avec les autres composantes de gauche, réservant ses propositions non discutées aux médias dans la mesure où on estime que ces médias n’inviteront pas les composantes de gauche qui risqueraient de mettre en question les propositions ce qui permet tout naturellement d’imposer sa solution comme la solution unique ou tout au moins la solution essentielle à gauche, c’est-à-dire soit la solution « raisonnable », soit la solution qui s’y oppose dans la vision manichéenne du marketing télévisé, et cette solution s’impose à coup de petites phrases simplistes et d’images affectives, en dépit de toute rationalité.

On peut fuir le débat en l’orientant vers des sujets secondaires qu’on présente comme les plus importants, réservant l’essentiel de ses positions sur le véritable débat à leur présentation médiatique.

On peut aussi retarder à plus tard l’échéance du débat, par exemple dans l’urgence entre les deux tours de l’élection, laissant croire à l’opinion, par la représentation médiatique de l’amitié entre les dirigeants ou de leur participation à des manifestations communes, qu’il y a un accord sur l’essentiel, les rencontres entre les deux tours ne fixant soi-disant que les modalités conjoncturelles.

Une autre façon de fuir le débat est d’organiser, seul ou avec un petit nombre d’organisations amies, sous le drapeau de l’union véritable, la seule bonne, des montages ou des manifestations spectaculaires ou importantes que les médias ne pourront pas ne pas rendre compte.

Derrière ces volontés individualistes de refus du débat public complètement pluraliste, des volontés en définitive irrationnelles quant au développement des propositions alternatives comme au développement du mouvement de contestation sociale, des volontés qui sont du pain béni pour le capitalisme, il y a des intérêts électoraux et des intérêts d’appareils, soit renforcer ou consolider la puissance de son appareil par rapport aux autres appareils, en dépit de toute déontologie politique, selon une logique libérale de concurrence politique, soit faire reconnaître coûte que coûte la naissance de cet appareil qui n’a pas, paraît-il, la forme d’un appareil traditionnel et qu’on chérit comme un nouveau-né, soit faire reconnaître l’originalité extraordinaire de ses propositions, les seules bonnes, les seules raisonnables. Derrière ces volontés individualistes, fractionnaires ou dissidentes, il peut y avoir aussi la volonté libérale-libertaire antiétatiste de dépasser tous les appareils, toutes les organisations, laissant le mouvement social encore plus désorganisé face à un capitalisme hyper organisé.

Mais il faut noter la fragilité de telles attitudes, puisqu’elles apparaîtront un jour ou l’autre devant le public pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des manières de fuir le débat, c’est-à-dire des manières de retarder l’union, d’empêcher la solidarité, une union qui est une condition essentielle de la transition au postcapitalisme, une solidarité de vies qui existe concrètement dès maintenant, préfigurant le mode de vie sous le postcapitalisme.

  1. 1. N’oublions pas que le capitalisme est le cadre dans lequel s’élaborent aussi bien la réforme des retraites que l’opposition à cette réforme. Le capitalisme est un système économique et social de mobilisation de la force de travail. Le capitalisme doit être défini spécifiquement, parmi tous les types de sociétés, et on peut le définir comme dictature du temps de travail moyen, c’est-à-dire comme institution du carcan de la valeur travail. Le postcapitalisme ne peut être que l’abolition de cette dictature, l’abolition de toutes les institutions du capital, la valeur travail, le marché du travail, la propriété lucrative, la marchandise, l’épargne lucrative, etc.

La production capitaliste est mesurée de manière abstraite, sans référence à l’usage et à la spécificité du produit, ni aux rapports familiaux, religieux ou politiques, ou au caractère individuel ou collectif du producteur, par le temps de travail moyen nécessaire. Cette production se construit par la vente et l’achat sur le marché du travail des forces de travail qui produisent les biens et services et qui sont définies comme demandeuses d’emplois, l’acheteur employeur, contrôlant le travail et le produit, mobilisant la force de travail achetée en ne donnant de la valeur à l’activité qu’à la mesure du temps de travail abstrait nécessaire à la production de marchandises, faisant un profit à condition que tout, produits et producteurs, soit transformé en marchandises, la valeur d’un produit considéré comme marchandise étant mesurée par un prix exprimant le temps de travail moyen nécessaire à sa production. La marchandise n’est pas produite pour être vendue, mais pour mettre en valeur des capitaux. Les paysans individuels ne vendent pas des marchandises, ils produisent pour vendre, par une transaction monétaire. Il y a donc dans le capitalisme une référence au travail abstrait mesuré par le temps et une dictature de plus en plus abstraite du temps de travail dans la mesure où les forces de travail sont mises en compétition mondiale. Les centres d’accumulation du profit s’autonomisent de manière abstraite, par des procédures abstraites universelles, des centres de production du profit, c’est-à-dire des forces de travail auxquelles sont réduits les travailleurs. La dictature du temps de travail cause des dégâts au travail, la production de choses utiles se faisant dans le carcan du travail abstrait, donc dans la souffrance de ne pas bien faire son travail, avec la modélisation et l’universalisation des tours de main selon des règles de temps, la transposition des actes complexes en procédures codifiées, transformées en marchandises. La dictature du temps de travail cause aussi des dégâts au statut des personnes, détachées de tout pour être attachés au seul temps du capital, devenant de pures forces de travail, ce qu’on appelle les travailleurs libres, perdant à des degrés divers leur professionnalité, la maîtrise personnelle de leur professionnalisme, c’est-à-dire la qualification personnelle. La dictature du temps de travail cause enfin une production de médiocre qualité et encombrée de méthodes et de produits polluants, dans la mesure où tout produit du travail est transformé en marchandise, avec les services et les tâches normalisés, répondant à des procédures universelles, calculées selon un rapport entre temps de travail et nombre de produits réalisés, tâches devenant des marchandises produites par des forces de travail.

Le capitalisme, de manière spécifique, mesure la production, c’est-à-dire lui donne valeur, par le temps de travail moyen nécessaire.

Le travail n’a pas de valeur, mais est, sous la forme abstraite présente dans toute production, la mesure de la valeur.

Les marchandises valent le temps de travail nécessaire à leur production, non le temps individuel mais le temps moyen que révèle le prix auquel elles s’échangent.

Les activités que nous désignons sous le terme abstrait générique de travail sont, dans d’autres sociétés, inséparables des rapports familiaux, des rituels religieux, de l’exercice du pouvoir politique, la production étant alors mesurée par le statut social du producteur, par la gloire qu’elle procure à la cité dans la compétition symbolique avec d’autres, par les impôts qu’elle permet de lever, par les importations possibles sur la base des exportations.

Le capitalisme se construit sur la base d’un rapport social abstrait de toute considération de rapports interpersonnels familiaux, abstrait de toute considération d’honneur, de rang social, d’allégeance à la divinité ou au prince, abstrait de toute considération tenant à la spécificité du bien produit, à son usage.

Le capitalisme se construit sur la base d’un rapport d’échange entre des vendeurs et des acheteurs de forces de travail qui produisent des biens et des services. La vente de ces forces de travail permet à leurs acheteurs de récupérer le profit. Pour qu’il y ait profit, il faut que tout, travailleurs et produits, soit transformé en marchandise, et que le dénominateur commun à ces marchandises, le temps de travail abstrait nécessaire à leur fabrication, soit la mesure de toute chose, d’où l’emphase sur le travail abstrait mesuré par le temps et la dictature du temps de travail produit par la compétition intercapitaliste exacerbée par la globalisation financière qui accélère la rotation des capitaux investis dans la production, autonomise les centres d’accumulation du profit des lieux concrets où ce profit prend sa source, avec en particulier l’ignorance des producteurs, manipule les marchandises par des outils évoluant dans une abstraction permanente, des procédures abstraites applicables à n’importe quelle marchandise.

Les formes de plus en plus abstraites de la dictature du temps de travail mettent en équivalence mondiale toutes les forces de travail, ce qui construit les bases d’une solidarité mondiale des travailleurs, mais permet une pression à la baisse sur leurs droits dans les pays développés.

L’usage du temps de travail abstrait comme mesure de la valeur de la production cause des dégâts au travail, au statut des personnes, aux produits.

Certes, la dimension concrète du travail est toujours présente, puisqu’il s’agit de produire des choses utiles, mais elle est prise dans le carcan du travail abstrait, sauf dans les entreprises publiques où les personnels peuvent mener leurs activités en dehors de ce carcan de la valeur travail.

La marchandise n’est pas un objet produit pour être vendu, mais un objet produit sous la dictature du temps de travail abstrait, afin de mettre en valeur des capitaux. Il ne faut pas confondre transactions monétaires et marchandises. Un paysan ne vend pas des marchandises quand il vend des tomates. Un médecin ne vend pas des marchandises quand il vend des services. Contester la production des marchandises n’est pas contester l’intérêt des transactions monétaires.

Le travail bien fait est impossible quand l’objet produit est transformé en marchandise, d’où la souffrance au travail.

Les tours de main sont modélisés et universalisés selon des règles de temps, les actes complexes sont transposés en procédures codifiées, transformées par les gestionnaires en marchandises vendues à des clients, par exemple le laboratoire pharmaceutique vend des produits et le soignant des services à la sécurité sociale.

Les marchandises sont produites, sans contact direct avec la réalité, c’est-à-dire avec le lieu ou l’entreprise où elles prennent sens, par des forces de travail interchangeables, selon des procédures identiques partout, procédures transformées elles-mêmes en marchandises.

Les activités deviennent du travail dans le capitalisme comme dictature d’un temps de travail mesure de la valeur, quand elles sont le fait de prétendus travailleurs libres détachés de tout pour être attachés au seul temps du capital, de pures forces de travail.

Même s’il s’agit encore de produire des biens et des services utilisables, et donc de mobiliser à des degrés divers la professionnalité des opérateurs, il faut, conformément à la logique du temps de travail et de la marchandise, que les opérateurs perdent la maîtrise personnelle de leur professionnalisme, c’est-à-dire la qualification personnelle.

Il faut en finir avec les espaces de la professionnalité autonome, il faut en finir avec la qualification du poste et les statuts professionnels, avec les professions, avec la fonction publique, avec les intermittents du spectacle. Il faut en finir avec le paternalisme industriel, avec le corporatisme bancaire, avec les professions organisées, celles des agriculteurs, des avocats, des architectes, avec les formes de souveraineté ouvrière sur certains marchés fermés, comme celles des dockers ou celles du Livre. Il faut en finir avec le statut de la fonction publique fondé sur la qualification et non sur l’emploi.

On a une production de médiocre qualité et encombrée de méthodes et de produits polluants, dans la mesure où tout produit du travail est transformé en marchandises. Ainsi, les policiers n’apprécient plus le comportement en fonction des circonstances et en fonction de la déontologie du service public, mais font une tâche normalisée, répondant à des procédures universelles, calculées selon un rapport entre temps de travail et nombre de produits réalisés, tâche devenant une marchandise produite par des forces de travail.

(Une subversion de la dictature de la valeur travail, subversion des formes capitalistes de rapports au travail, est l’expérience à être payé pour travailler hors de la valeur travail, travail non subordonné et non producteur de marchandises, donnant lieu à salaire inconditionnel et à vie, irrévocable, échappant à ce marché du travail qui définit les individus comme forces de travail demandeurs d’emplois, échappant au contrôle du travail et du produit par cet employeur défini non comme dirigeant ou animateur de collectif de travail, cadre, responsable des ressources humaines, mais comme faisant système avec le marché du travail et la valeur travail, comme achetant sur le marché du travail des forces de travail, les mobilisant, les mettant en oeuvre selon la logique de la valeur travail, c’est-à-dire ne donnant valeur à l’activité qu’à la mesure du temps de travail abstrait nécessaire à la production de marchandises qui sont seules génératrices de profit.

La seule sanction du travail du retraité est son échec éventuel.

Avec un salaire sûr, pour la vie entière, on peut mener au travail créateur. Il faut, dès 18 ans, la pleine qualification, et non le plein-emploi, qui suppose plein d’employeurs. Les retraités existent pour inventer un rapport au travail libéré de la subordination.)

(Le capitalisme est cette forme spécifique d’organisation de la production qui mesure cette production, qui lui donne valeur, par le temps de travail moyen nécessaire. Le travail n’a pas de valeur, il est, sous sa forme abstraite, présent dans toute production, il est la mesure de la valeur. Seul le capitalisme mesure la production par le travail, parce qu’il s’est construit sur la base d’un rapport social abstrait, le rapport d’échange entre des vendeurs et des acheteurs de forces de travail vouées à produire des marchandises, c’est-à-dire des biens et services mesurés non par leur utilité, mais par la quantité de travail abstrait qu’ils s’incorporent.

Le marché du travail définit les individus comme forces de travail demandeuses d’emplois qui ne peuvent être mis en oeuvre qu’à l’initiative d’employeurs, selon la logique de la valeur travail, pour la production de marchandises.

Pour qu’il y ait profit, il faut que les produits comme les travailleurs, c’est-à-dire tout, soient des marchandises, le temps de travail abstrait nécessaire à leur fabrication étant leur mesure, la mesure de toute chose.

La compétition intercapitaliste introduit la dictature du temps de travail.

L’organisation de la production selon une telle abstraction est marquée par la contradiction entre, d’une part une production qui s’émancipe des modalités traditionnelles du travail, qui produit, selon une dynamique infinie, des marchandises et génère une consommation toujours plus large, et d’autre part, des producteurs dépossédés de leurs capacités créatrices, mutilés, voués à produire des marchandises qui leur échappent, vivant mal leur travail, vivant l’incertitude, le désintérêt, le mépris et la fatigue dans le travail, se rendant compte que le caractère marchand des produits consommés altère leur qualité et leur finalité, les dévoient.)

  1. 2. Il n’y a pas plusieurs façons de sortir du capitalisme, il faut partir de sa réalité contradictoire. La contradiction principale du capitalisme est ce à partir de quoi il faut partir pour construire une alternative concrète.

D’un côté, le capitalisme développe des potentialités qui peuvent être émancipatrices, crée des marchandises, selon une dynamique infinie, générant une consommation, un pouvoir d’achat et une richesse individuelle toujours plus grands. D’un autre côté, le capitalisme gaspille ses potentialités, dépossède les travailleurs de leur capacité créatrice de production de biens et services utiles pour les réduire à produire des marchandises avec un but qui leur échappe, dans l’incertitude, le désintérêt, le mépris, la fatigue, le doute quant à la qualité et à la finalité de ce qu’ils fabriquent. La société postcapitaliste sera une société sans le carcan de la valeur travail. Elle est dès maintenant en germe, en anticipation, dans les institutions salariales, qui esquissent un travail libéré du marché du travail, de l’emploi et de l’employeur, de la marchandise, reconnaissant la qualification, les capacités transversales, le groupe des pairs, les syndicats, des institutions alternatives aux institutions du capital, et c’est sur ces tremplins des institutions salariales qu’il faut s’appuyer.

Le capitalisme est la mise au travail selon la mesure de la production par le temps de travail. Cette abstraction de la valeur travail fait que, d’un côté, le capitalisme crée des marchandises, la production s’émancipant des modalités traditionnelles du travail, ce qui génère une consommation plus large, une plus grande richesse individuelle, une augmentation du pouvoir d’achat, dans une dynamique infinie de la production des marchandises, de l’autre côté le capitalisme exploite et aliène les personnes, les producteurs étant dépossédés de leurs capacités créatrices et voués à produire des marchandises qui leur échappent, vivant plus mal le travail, dans l’incertitude, le désintérêt, le mépris et la fatigue, d’autant plus grands que le doute s’installe à propos de produits dont le caractère toujours plus marchand altère la qualité ou la finalité.

Il ne faut pas refuser la réforme sur le terrain et avec les arguments des adversaires, ce qui constitue des dénonciations et des propositions sans efficacité. Il faut au contraire être attentif à ce qui, aujourd’hui, constitue déjà une mise au travail émancipée de la valeur travail, une mise au travail subversive des institutions du capital, à savoir les institutions du marché du travail, de l’emploi, de la valeur travail, de la marchandise, du revenu différé garanti, de la solidarité avec les victimes.

De tels tremplins, on les trouve dans la retraite comme salaire continué, avec des retraités dotés d’une qualification personnelle dans sa triple composante de salaire à vie, des capacités transversales reconnues et de réseaux personnels de pairs, mais aussi dans d’autres situations de travail déjà partiellement émancipées des institutions du capital, la fonction publique, qui repose davantage sur la qualification personnelle que sur l’emploi tenu, les professions indépendantes répondant à une demande de prise en charge de manière publique et de ce fait émancipées plus ou moins de la marchandise et de l’emploi, les médecins conventionnés de secteur un, les intermittents du spectacle, les associations de consultants ou autres, certains producteurs indépendants ou en coopérative. Ces situations anticipent un autre rapport au travail. La qualification personnelle nous libère des institutions du capital.

  1. 3. Sous le capitalisme, le calcul du PIB ne prend pas en compte certaines créations de richesses, même si sont pris en compte de plus en plus certaines productions non marchandes. La richesse est la quantité de biens et services utiles produits. De ce point de vue, les retraités créent des richesses, ils ne sont pas hors travail, preuve en est la reconnaissance monétaire de la pension comme salaire continué, autrement dit la reconnaissance monétaire de leur travail actuel et non de leur travail passé ou du travail actuel des autres, alors qu’un conseiller en communication de Sarkozy ou un marchand d’armes ne crée rien d’utile, plutôt du nuisible, et c’est malgré tout reconnu socialement comme des productions de richesses, puisqu’il y a une reconnaissance monétaire. Les fonctionnaires ont un travail qui crée des richesses. Le PIB ne comprend que la richesse à laquelle une valeur est attribuée. La croissance du PIB ne se fait pas seulement à coups de produits supplémentaires, mais en attribuant de la valeur à des richesses qui existaient sans reconnaissance monétaire, ainsi en inscrivant dans l’emploi les services de la personne qui existait hors emploi. La croissance du PIB se fait aussi en attribuant de la valeur à des richesses produites hors de la dictature de la valeur travail, ce qui accélère la dissociation du niveau du PIB et du niveau des marchandises capitalistes. Le salaire des fonctionnaires est un indicateur de la valeur ajoutée par le travail des fonctionnaires. Il fait partie du PIB. Le PIB double tous les 50 ans, ce n’est pas le cas de la population. Il n’y a pas de problème démographique.

Les notions de génération et de vieillesse, qui ont un sens dans le champ de la biographie ou dans celui de la famille, n’ont aucune pertinence dans celui de la société, sinon en tant que métaphores. Une société avec beaucoup de retraités serait vieille, c’est-à-dire de moindre capacité à créer des richesses.

Or, c’est le contraire. La retraite avec salaire continué transforme les vieux en salariés, dénaturalise l’âge, fait entrer les vieux dans l’abstraction du salariat.

Naturaliser une caractéristique biographique individuelle comme l’appartenance à une génération pour en faire une catégorie de l’action publique, pérennisant la réalité que l’on entend combattre, ou pour la poser comme une essence sociale, empêchant l’affirmation des logiques d’abstraction fondatrices d’un lien social politique, c’est orienter le débat public dans l’impasse, selon un déni de démocratie.

Si les vieux, les femmes, les jeunes, les noirs, des immigrés de la génération un, 2,3, les habitants des quartiers, les ouvriers, des paysans, les étrangers communautaires et extracommunautaires, les différents niveaux de sorties du système éducatif, les « sans » divers et variés, deviennent des salariés dotés d’une qualification et du salaire qui va avec, il n’y a pas d’avenir pour le marché du travail, pour l’emploi et les employeurs, pour l’expropriation du producteur de la maîtrise de la production. La pension comme salaire continué est la première dénaturalisation d’ampleur d’une caractéristique biographique, son abstraction portant en germe un enrichissement de la citoyenneté aussi considérable que l’invention de l’abstraction de l’électeur.

On fait une peinture apocalyptique du déficit que le vieillissement démographique peut générer dans les caisses de retraite. Mais ce choc démographique est une construction fantasmée.

En 2000 il y avait quatre personnes de 60 ans et plus pour 10 personnes entre 20 et 59 ans. En 2050, il y en aura sept. On passe du rapport de dépendance démographique de 4/10 à 7/10, mais un rapport démographique n’est pas un rapport économique. Les inactifs incluent aussi les moins de 20 ans, les 20-59 ans ne sont pas tous des actifs occupés, le taux d’emploi et de 76 %, il était de 67 % en 1962, si bien que la proportion d’actifs occupés dans l’ensemble de la population reste stable. Le rapport des inoccupés aux occupés est de 1,62 en 1995 et il sera de 1,7 en 2040.

De plus, avec les gains de productivité, on peut produire autant avec un actif pour un retraité qu’avec deux actifs pour un retraité. Mais on veut que les gains de productivité aillent tous aux actionnaires, selon la formule travailler plus pour gagner plus, alors que, si l’on veut que les gains de productivité aillent aussi aux producteurs, on peut travailler moins pour gagner plus.

Nous avons assumé une croissance du poids des pensions de cinq à 13 % du PIB ces 50 dernières années, c’est-à-dire une multiplication du poids des pensions par 2,6. Nous pouvons assumer le passage du poids des pensions de 13 à 18 % du PIB au cours des 50 prochaines années, c’est-à-dire une multiplication du poids des pensions par 1,4.

Il y a 50 ans, notre PIB était de 1000 milliards. 5 %, c’est-à-dire 50 milliards, était affecté aux retraites et 950 milliards aux actifs, investissement et au profit. Notre PIB est actuellement de 2000 milliards, dont 260, c’est-à-dire 13 %, pour les pensions. Il reste 1740 milliards pour les actifs, les investissements et les profits parasitaires, profits partis en fumée dans les opérations financières. En 2050, le PIB sera de 4000 milliards. 20 %, c’est-à-dire 800 milliards, seront affectés aux pensions et il restera 3200 milliards pour les actifs et l’investissement, en espérant que nous serons alors débarrassés du profit. Et la population n’aura pas doublé.

La seule réalité démographique est le bonheur d’une espérance de vie qui n’est pas source de malheur. Il suffit d’augmenter le taux de cotisation patronale de 0,37 points par an, c’est-à-dire le quart du taux de croissance, sans augmentation de la durée de cotisation ni baisse du taux de remplacement.

Le doublement du PIB ne nous accablera pas de marchandises produites dans des conditions déshumanisantes, si nous étendons à toute la population le rapport au travail des retraités, qui comptent déjà pour 13 % du PIB.

La croissance du PIB ne se fait pas seulement à coups de produits supplémentaires, mais en attribuant de la valeur à des richesses qui existaient sans reconnaissance monétaire, ainsi en inscrivant dans l’emploi les services de la personne qui existait hors emploi.

La richesse est la quantité de biens et services utiles produits, le PIB ne comprenant que la richesse à laquelle une valeur est attribuée.

La croissance du PIB se fait aussi en attribuant de la valeur à des richesses produites hors de la dictature de la valeur travail, ce qui accélère la dissociation du niveau du PIB et du niveau des marchandises capitalistes.

  1. 4. La création monétaire sous le capitalisme se fait en fonction du prix anticipé des marchandises et non en fonction des qualifications personnelles des salariés, qualifications reconnues dans leur salaire. La distribution monétaire et les flux monétaires de la fiscalité sont subordonnés à ce type de création monétaire. La création monétaire est anticipation de ce qui va être produit. Le fondement de la création monétaire est dans la création de richesses. La création monétaire peut donc être par exemple anticipation du produit du travail, ou anticipation du seul produit marchand du travail, ce qui permet de disposer en permanence de la force de rappel qui impose la loi du capital, ou encore anticipation de la capacité des individus à créer de la richesse, capacité mesurée par la qualification personnelle des salariés, la force de rappel de la création monétaire étant alors mise au service d’une citoyenneté enfin à l’oeuvre dans l’économie, les ressorts de l’expropriation capitaliste étant détruits. Sous le capitalisme, la tyrannie de la valeur travail, clé de l’extorsion du profit, n’est possible que si la production est marchande, ce qui explique que la création monétaire y est anticipation du seul produit marchand du travail. Les banques anticipent le chiffre d’affaires des entreprises, c’est-à-dire le prix des marchandises produites par ces entreprises, et prêtent de la monnaie à ces entreprises. La création de monnaie sous le capitalisme se fait par crédit bancaire après anticipation du prix attribué aux marchandises des entreprises auxquelles on prête. Ne créér de la monnaie qu’à l’occasion de l’anticipation du chiffre d’affaires des entreprises, c’est disposer de la force de rappel qui en permanence impose la loi du capital. Dans le prix de la marchandise, il y a le profit, plus la reconnaissance monétaire du travail des producteurs, mais aussi la reconnaissance monétaire du travail des retraités et la reconnaissance monétaire du travail des soignants hospitaliers ou libéraux. La part de création monétaire qui va à ce que nous appelons le travail des retraités est la reconnaissance que ce travail est bien un travail créateur de richesses. La distribution monétaire est fonction de la valeur attribuée à chacun des travaux et elle se fait de manière indirecte par la médiation du crédit bancaire, de l’anticipation par les banques du prix attribué aux marchandises produites par ces différents travaux. La distribution monétaire en direction des retraités, qui est en définitive la reconnaissance que leur activité est un travail créateur de richesses, semble être prélevée sur le travail des actifs, semble être, comme le profit, une ponction sur le travail des actifs. Le profit est bien une ponction sur le travail des actifs, le résultat d’un transfert « illégitime » de valeur. Mais ce transfert monétaire des actifs vers les retraités, des entreprises vers les caisses de retraite par l’intermédiaire des cotisations sociales, n’est pas un transfert de valeur des actifs vers les retraités, puisque les retraités reçoivent en monnaie l’équivalent de la valeur des richesses qu’ils ont produit. De même que la cotisation à l’assurance-maladie est la reconnaissance du travail des soignants, que ces derniers produisent par leur travail la richesse fondatrice de la monnaie qu’ils reçoivent, qu’il ne s’agit pas d’une ponction sur les actifs, de même la cotisation retraite est la reconnaissance du travail des retraités. Le travail non marchand des soignants et des retraités n’est validé que par la médiation des marchandises capitalistes, avec le flux de monnaie des entreprises vers les caisses, flux lu comme un transfert de valeur, cette lecture alimentant la propagande contre le travail non-marchand, l’idée que la cotisation est une taxe sur le travail, et que, de fil en aiguille, on peut remplacer la cotisation par un impôt universel, la CSG. Les impôts qui financent les salaires des fonctionnaires sont certes levés sur les revenus créés à l’occasion des emplois, mais ils correspondent à la valeur attribuée au travail des fonctionnaires. Ces impôts ne sont pas des prélèvements, des prélèvements obligatoires. La fiscalité a, certes, pour fondement la création de richesses, et le flux de la fiscalité, avec la distribution d’une partie de la fiscalité, qui vient des entreprises, des administrations et des ménages actifs ou retraités que ces entreprises et administrations payent, vers les fonctionnaires, ne veut pas dire que les fonctionnaires ne créent pas de la richesse. Comme les soignants et les retraités, les fonctionnaires créent de la richesse et le capitalisme actuel attribue ainsi de la valeur monétaire au travail non-marchand. L’impôt qui va aux fonctionnaires est pris dans le carcan de la création monétaire par la médiation des seules marchandises capitalistes, de sorte que son flux vient des entreprises et des ménages que ces entreprises paient, l’impôt étant accusé de ponctionner la valeur créée par les travailleurs producteurs de marchandises pour alimenter une production non-marchande qui pèserait sur eux en permanence. Le salaire des fonctionnaires est un indicateur de la valeur ajoutée par le travail des fonctionnaires. Il fait partie du PIB. Le travail sans emploi et sans marchandises est du travail. Si seules les marchandises sont l’occasion de création monétaire, alors toute reconnaissance du travail non-marchand entraîne, d’une part, une hausse du prix des marchandises, qui doit inclure la reconnaissance supplémentaire de ce travail qui ne trouve pas sa reconnaissance directe, cette hausse étant dénoncée comme obstacle à la compétitivité des entreprises comme « coûts » du travail, d’autre part, cette reconnaissance se fait concrètement par des transferts monétaires sous forme d’impôts et de cotisations sociales disqualifiés comme « prélèvements obligatoires », expression assimilant flux monétaires et flux de valeur. La réaction monétariste interdit le financement de la dépense publique par la banque centrale et centre la création monétaire sur l’anticipation du prix des marchandises dans le prêt bancaire, pendant que la production non marchande est imposée ou n’est tolérée que si elle est au service de la production marchande, le secteur public étant au service de la logique de l’accumulation financière et du profit, par exemple en assurant ce qui n’est pas rentable, la cotisation sociale étant stigmatisée comme taxe sur le travail et remplacée par des dotations budgétaires aux caisses de sécurité sociale, ce qui rend plus difficile la dépense publique, réduit l’espace de la fonction publique et du non-marchand.

La distribution des pensions renvoie, comme toute distribution monétaire, à la valeur attribuée au travail, et l’attribution d’une valeur monétaire au travail se fait de manière indirecte, dans le capitalisme, par la médiation des marchandises, par la médiation du crédit bancaire, à l’occasion de l’anticipation par les banques du chiffre d’affaires des entreprises auxquelles elles prêtent. La monnaie n’est créée qu’à l’occasion du prix attribuée aux marchandises des entreprises capitalistes par le jeu des anticipations de ce prix par les banques prêteuses à ces entreprises. Dans le prix de la marchandise, il y a le profit, la reconnaissance monétaire du travail des producteurs, mais aussi la reconnaissance monétaire du travail des retraités sous la forme d’une cotisation au régime de pension, ce qui entretient l’illusion que la pension est ponctionnée sur la valeur produite par les actifs, la confusion du flux de la distribution monétaire avec le fondement de la monnaie qui est dans la création de richesses, la monnaie distribuée aux retraités correspondant non à une part de la richesse créée par les actifs, mais à la richesse créée par les retraités, les pensions anticipant la valeur attribuée à cette richesse non marchande. La monnaie que représentent ces pensions est créé par les banques commerciales à l’occasion du prix anticipé des seules marchandises, si bien que cette monnaie est transférée, sous forme de cotisation sociale, des entreprises vers les caisses de retraite. Alors que le fondement des pensions dans la création de richesses est le fait du travail actuel des retraités, le transfert des entreprises vers les caisses de sécurité sociale du flux de distribution de la monnaie des pensions fait croire qu’il y a transfert de la valeur des producteurs de ces marchandises vers les retraités, le transfert de monnaie des employés vers les retraités n’étant pas transfert de valeur des actifs vers les inactifs. La création monétaire opérée par la médiation des marchandises est fondamentale pour la formation du profit capitaliste et elle permet d’entretenir la suspicion de la prétendue ponction opérée par les retraités sur les actifs.

La cotisation à l’assurance-maladie est dans sa majorité la reconnaissance sociale du travail des soignants, la reconnaissance que les soignants travaillent, qu’ils produisent par leur travail la richesse fondatrice de la monnaie qu’ils reçoivent, qu’il ne s’agit pas d’une ponction sur les actifs. Comme nous avons socialisé la demande de santé, les soignants travaillent dans une situation non marchande.

Mais le travail non marchand des soignants hospitaliers ou libéraux n’est validé que par la médiation des marchandises capitalistes, avec le flux de monnaie des entreprises vers les caisses d’assurance-maladie, flux lu comme un transfert de valeur alimentant la propagande contre le travail non-marchand, l’idée que la cotisation est une taxe sur le travail, et qu’on peut donc remplacer la cotisation par un impôt universel, la CSG.

Les impôts qui financent les salaires des fonctionnaires sont certes levés sur les revenus créés à l’occasion des emplois, mais ils correspondent à la valeur attribuée au travail des fonctionnaires, qui vient s’ajouter à la valeur attribuée au travail des autres actifs. Ces impôts ne sont pas des prélèvements, des prélèvements obligatoires, mais du supplément. Il ne faut pas confondre le flux de la fiscalité et son fondement dans la création de richesses. Comme les soignants, les fonctionnaires créent de la richesse et nous attribuons ainsi de la valeur monétaire au travail non-marchand. L’impôt qui va aux fonctionnaires est pris dans le carcan de la création monétaire par la médiation des seules marchandises capitalistes, de sorte que son flux vient des entreprises et des ménages que ces entreprises paient, l’impôt étant accusé de ponctionner la valeur créée par les travailleurs producteurs de marchandises pour alimenter une production non-marchande qui pèserait sur eux en permanence. Le salaire des fonctionnaires est un indicateur de la valeur ajoutée par le travail des fonctionnaires. Il fait partie du PIB. Le travail sans emploi et sans marchandises est du travail.

La richesse créée par le travail libre des retraités fonde leur pension, qui est mesurée par la qualification qui leur est attribuée forfaitairement, jusqu’à leur mort, au moment où ils liquident leur pension. Les retraités travaillent, et la richesse qu’ils produisent est reconnue monétairement à hauteur de leur qualification. La monnaie qui mesure la valeur de la richesse créée par les retraités transite par les marchandises des entreprises capitalistes, le flux monétaire passant des titulaires d’emplois du secteur capitaliste vers les pensionnés.

La tyrannie de la valeur travail, clé de l’extorsion du profit, n’est possible que si la production est marchande. Ne créér de monnaie qu’à l’occasion de l’anticipation du chiffre d’affaires des entreprises, c’est disposer de la force de rappel qui en permanence impose la loi du capital.

Si seules les marchandises sont l’occasion de création monétaire, alors toute reconnaissance du travail non-marchand, non subordonné à la valeur travail, entraîne, d’une part, une hausse du prix des marchandises, qui doit inclure la reconnaissance supplémentaire de ce travail qui ne trouve pas sa reconnaissance directe, cette hausse étant dénoncée comme obstacle à la compétitivité des entreprises afin de rogner sur les « coûts » du travail, d’autre part, cette reconnaissance se fait concrètement par des transferts monétaires sous forme d’impôts et de cotisations sociales disqualifiés comme prélèvements obligatoires, expression assimilant flux monétaires et flux de valeur.

Il faut donc non réguler pour conforter mais mettre en cause la création monétaire par les banques par la médiation des marchandises. Il faut une création monétaire qui anticipe le produit du travail en évaluant les qualifications personnelles et non les marchandises.

Étant donné que la création monétaire est toujours anticipation de ce qui va être produit, plutôt que d’anticiper le produit du travail, et pire encore son seul produit marchand, pour créer de la monnaie, on pourrait anticiper la production à partir de la capacité des individus à créer de la richesse, capacité mesurée par la qualification.

Lors de la création monétaire, la production de richesse sera estimée non à partir de la marchandise capitaliste, mais à partir de la qualification des salariés.

La force de rappel qu’est la création monétaire serait mise au service d’une citoyenneté enfin à l’oeuvre dans l’économie, les ressorts de l’expropriation capitaliste seraient détruits.

Dans un premier temps, la réaction monétariste interdit le financement de la dépense publique par la banque centrale et centre la création monétaire sur l’anticipation du prix des marchandises dans le prêt bancaire, pendant que la production non marchande est imposée ou n’est tolérée que si elle est au service de la production marchande, le secteur public étant au service de la logique de l’accumulation financière et du profit, en assurant ce qui n’est pas rentable.

L’employeur s’efface devant l’actionnaire, le DRH se détache des logiques productives, l’institution capitaliste de l’accumulation financière et du droit de propriété lucrative retrouve tout son lustre, la cotisation sociale, en plus de l’impôt, étant stigmatisée comme taxe sur le travail et remplacée par des dotations budgétaires aux caisses de sécurité sociale, ce qui rend plus difficile la dépense publique, réduit l’espace de la fonction publique et du non-marchand.

  1. Le droit de ponctionner de la monnaie, c’est-à-dire le droit de propriété lucrative, sous forme de dividende, d’intérêt ou de liquidation de titre, suppose une participation forcée des salariés, c’est-à-dire un pillage des salaires, une expropriation des producteurs, ou une participation volontaire des salariés, sous forme de « prévoyance », c’est-à-dire d’épargne, c’est-à-dire d’acceptation de la propriété lucrative. Le droit de propriété lucrative, avec son cortège d’investisseurs, d’actionnaires, avec son éloge de l’épargne salariale et de la prévoyance, donne à son détenteur le droit de ponctionner une partie de la monnaie mise en circulation à l’occasion de l’attribution de valeur à une partie de la richesse produite, que ce soit aujourd’hui dans le dividende ou le taux d’intérêt, ou demain dans la liquidation des titres. En l’absence de règles politiques établissant la répartition de la monnaie correspondant au travail mondial, la ponction de monnaie peut se faire dans le monde entier, la ponction rentière peut se faire sur le portefeuille des travailleurs du monde entier, selon une logique impériale, et comme le retour sur investissement est supérieur au rythme de la production, on a un vol d’une minorité sur le travail d’autrui, un pillage des salaires. Le travailleur qui consacre une partie de la monnaie qu’il vient de gagner, cette monnaie étant l’équivalent de ce qu’il a produit par son travail de l’année, pour acheter des titres, acquiert un droit de propriété lucrative qu’il réalisera au moment où il liquidera ses titres, ce droit consistant à prélever une part de la monnaie du moment, plus exactement la part de monnaie qu’un autre travailleur décide de consacrer à l’achat des titres en question. Il faut donc, d’une part, qu’il y ait de la monnaie, c’est-à-dire du travail, puisque c’est le travail courant qui rend possible la création de monnaie, et d’autre part, qu’un travailleur s’engage dans la propriété lucrative et non dans la propriété d’usage, sinon les titres ne valent rien, et si le travailleur cotise à un régime de salaire à la qualification à vie, les titres ne servent à rien.

Selon l’équité intergénérationnelle, les droits à pension que se constitue la génération aujourd’hui au travail seront une charge excessive pour la génération future, qui se voit imposer des obligations sans pouvoir en débattre. Il faut que chaque génération finance ses propres pensions par l’épargne qui sera liquidée lors de son entrée en retraite. L’épargne serait un report à plus tard d’une ressource non consommée au moment de sa distribution.

En fait, la richesse d’une nation est dans le travail annuel de la nation.

L’épargne n’est ni épargne de monnaie ni épargne de valeur. La monnaie déposée pour l’épargne ne va pas sous un matelas et la valeur disparaît dans l’année, sauf si elle est portée par des biens durables.

La monnaie épargnée sert à acheter des titres financiers qui n’ont en eux-mêmes aucune valeur, mais qui sont des attestations de droit à valoir sur la monnaie en circulation le jour où ils seront liquidés, au nom du droit fondateur du capitalisme, le droit de propriété lucrative.

Sans monnaie préexistante à la transformation des titres en monnaie, les titres ne valent rien. Or, c’est le travail courant qui rend possible la création de monnaie préalable à la liquidation des titres.

La vente de titres nécessaires à la transformation de l’épargne en pension sera fonction de la monnaie dont disposeront alors les actifs désireux de les acheter pour se constituer eux-mêmes des droits, cette monnaie étant l’équivalent de ce qu’ils auront produit par leur travail de l’année.

Mais cette monnaie utilisée pour acheter des titres pourrait être affectée à des cotisations transformées en pensions sans recours à l’épargne. L’épargne ne sert à rien.

S’il n’y a pas assez travail en 2040, les titres épargnés ne vaudront rien.

S’il y a assez travail en 2040, les titres sont inutiles.

C’est la monnaie détenue par les actifs qui finance les pensions. L’épargne n’est pas une opération interpériodique de soi à soi par laquelle de la monnaie ou de la valeur sont transférés d’une période à l’autre sous forme d’un revenu différé, chacun récupérant demain sa mise d’aujourd’hui, mais un rapport social intrapériodique dans lequel la propriété de titres est une propriété lucrative qui donne à son détenteur le droit de recevoir une partie de la monnaie mise en circulation à l’occasion de l’attribution de valeur à une partie de la richesse produite.

En répartition ou en capitalisation, c’est le travail de l’année qui produit la richesse correspondant à la monnaie qui finance les pensions de l’année, l’épargne ne pouvant être un substitut du travail.

La propagande pour l’épargne retraite s’explique par l’absence de règles politiques établissant la répartition de la monnaie correspondant au travail mondial, si bien que la propriété de titres permet de ponctionner de la monnaie dans le monde entier, d’exercer une ponction rentière sur le portefeuille des travailleurs français, à défaut, si les travailleurs français sont en nombre insuffisant, de ponctionner de la rente sur les travailleurs chinois, à charge pour les Chinois de ponctionner en Afrique, selon le cercle vicieux de toute logique impériale.

La propagande pour l’épargne-retraite s’explique aussi par le fait que la rente progresse plus vite que les salaires, donc plus vite que les cotisations pour les retraites, d’autant plus vite que les salaires stagnent, la rente venant d’un retour sur investissement supérieur au rythme de la production, si bien que toute épargne-retraite est le vol d’une minorité sur le travail d’autrui. Si tout le monde était rentier, personne ne le serait.

Il ne suffit pas de dénoncer le peu de fiabilité du rendement, il faut dénoncer la propriété lucrative, institution majeure du capital avec son cortège d’investisseurs, d’actionnaires, avec son éloge de l’épargne salariale et de la prévoyance.

La propriété de titres financiers donne droit à une partie de la monnaie correspondant à la valeur du travail courant d’autrui, que ce soit aujourd’hui dans le dividende ou le taux d’intérêt, ou demain dans la liquidation des titres.

La propriété lucrative est un patrimoine non consommé par son propriétaire qui en tire un revenu, par exemple c’est une maison qu’on loue au lieu de l’habiter ou un portefeuille de titres. La propriété lucrative est un pillage sur les salaires.

Les revenus de la propriété, résultats de la propriété lucrative, passent de 25 % à 50 % des salaires nets. Autrement dit, la propriété lucrative déclarée par les ménages les plus aisés, sans compter la propriété lucrative concentrée dans les sociétés financières et les entreprises, ponctionne l’équivalent de la moitié des salaires nets.

On affiche qu’il est plus rentable d’être propriétaire que de travailler.

Cette propriété lucrative interdit de plus en plus la propriété d’usage, c’est-à-dire la propriété d’un patrimoine de biens durables privés qui est consommée par son propriétaire, propriété reposant sur le niveau des salaires, sur les revenus du travail. Il suffit de penser à l’inaccessibilité de ce patrimoine d’usage de base qu’est un logement.

La propriété lucrative est encouragée par les réformateurs, à travers les fonds communs de placement d’entreprise, dont certains sont dédiés aux pensions, mais aussi à travers les mutuelles et les institutions paritaires de prévoyance, permettant l’affirmation d’un droit de propriété lucrative non contesté par le salaire, ce qui constitue une contribution décisive de la rémunération des travailleurs à l’accumulation financière, les fonds accumulés pour les pensions étant une fraction majoritaire du capital accumulé, ainsi qu’une transformation des travailleurs rentiers en supplétifs de la logique financière, les retraités et les actifs en train de se constituer par le moyen de la rente des droits à la retraite ayant tout intérêt à ce que l’accumulation financière ait un fort rendement, devenant ainsi des soutiens, explicites ou non, de la propriété lucrative.

La propriété lucrative est également encouragée par les réformateurs à travers la défense de la répartition comme revenu différé, c’est-à-dire l’inscription de la répartition dans la logique de la capitalisation. Les pensions ne sont plus des transferts sociaux mais un patrimoine des ménages, créanciers du régime des retraites, régime qui sera accablé d’une dette exigeant des coupes dans les dépenses publiques, c’est-à-dire dans les droits et le nombre des fonctionnaires, ce qui conduit à une marginalisation de la fonction publique et à un remplacement du salaire continué de la pension par un revenu différé.

Il faut promouvoir un plein exercice de la propriété d’usage au nom du salaire continué, puisque le salaire rend inutile la propriété lucrative.

  1. 6. L’investisseur et son retour sur investissement, l’employeur et sa réduction du producteur en force de travail, le banquier, l’usurier, la Bourse, l’accumulation financière, les crédits bancaires, le prêt à intérêt sont des fonctions et des institutions du capital. L’investisseur apporte des titres lui permettant de ponctionner une partie de la valeur de la production, ce qui revient à exproprier les producteurs de la maîtrise de leur production, à les transformer en forces de travail, c’est-à-dire à les contraindre à produire les marchandises qu’il a décidé de produire, à travailler sous le joug de la valeur travail. L’accumulation financière, les crédits bancaires, le prêt à intérêt, la Bourse, la propriété lucrative, les investisseurs, les usuriers, les banquiers, le retour sur investissement sont toutes des institutions parasitaires et toxiques.

Si nous avons besoin d’investir, on n’a pas besoin d’investisseurs, étant donné l’écart entre l’inflation des portefeuilles financiers et la stagnation de l’investissement productif. L’investisseur n’est pas l’entrepreneur. Il n’apporte pas le capital, il n’apporte rien, sinon des titres qui n’ont aucune valeur en eux-mêmes, mais qui sont le signe d’une propriété lucrative qui va lui donner le droit de ponctionner sur la valeur attribuée au travail aujourd’hui, des titres qui sont un rapport social.

Le titre n’est pas un rapport de moi, ayant épargné hier, au moi, récupérant aujourd’hui cette épargne, en dividende ou en hausse des cours, mais un rapport de moi, titulaire d’un droit de propriété lucrative, à autrui, producteur de biens ou services générant le revenu que je tire de ma propriété lucrative. Liquider un titre, c’est une ponction sur la monnaie en circulation, donc sur la production actuelle.

L’investisseur est un parasite qui a le droit de ponctionner une partie de la valeur de la production contemporaine pour transformer les producteurs ainsi expropriés en forces de travail, les contraindre à produire des marchandises qu’il a décidé de produire, à travailler sous le joug de la valeur travail.

  1. 7. La cotisation économique à une caisse d’investissement permettra d’assurer sans épargne les engagements massifs et de long terme, même si l’amortissement de l’investissement est long, même si la recherche-développement est longue, avec sélection des projets et montage des s’opérations de financement après délibération politique. Le salarié ne doit plus être un mineur social. Il doit pouvoir définir les fins et les moyens du travail.

La cotisation sociale pour le salaire continué de la pension est une anticipation massive de la façon d’assurer sans épargne des engagements massifs et de long terme. Les droits à pension acquis à 18 ans seront honorés à 90 ans, ce qui représente un terme plus long que le temps d’amortissement d’un investissement, même s’il contient un long temps de recherche-développement, et le montant des sommes annuelles mobilisées est du même ordre que les sommes consacrées à l’investissement.

On peut imaginer une cotisation économique affectée aux salaires, prélevée sur la valeur ajoutée, collectée par des caisses d’investissement, pour financer l’investissement sans épargne, sans taux d’intérêt, après délibération politique, sur le modèle de la sécurité sociale ou sur celui des procédures mises en oeuvre dans les collectivités territoriales et les services déconcentrés de l’État pour la sélection des projets finançables et le montage d’opérations de financement, ce qui remplace l’accumulation financière, les crédits bancaires, le prêt à intérêt, la Bourse, toutes les institutions parasitaires et toxiques, la propriété lucrative, les investisseurs, les usuriers, les banquiers, le retour sur investissement.

La propriété d’usage sera réaffirmée quand l’outil de production produira des biens et des services et non générera de la valeur pour l’actionnaire.

Le salaire est une institution politique qui enrichit la citoyenneté par l’attribution à chaque personne d’une qualification personnelle et par le financement salarial de l’économie permettant un droit à définir les fins et les moyens du travail.

  1. 8. L’entrepreneur marginalise l’employeur ou l’investisseur. Les nouvelles entreprises sont définies non par un employeur mais par un produit, c’est-à-dire des biens et des services bien identifiés, lisibles par les usagers, gratuits ou ayant un tarif ou un prix, et donc en dehors de la tyrannie du temps de travail abstrait, et ces nouvelles entreprises associent les énergies entre collègues qualifiés porteurs de réseaux. Elles sont animées non par un employeur réduisant les employés au statut de mineurs sociaux, de demandeurs d’emploi, de forces de travail disqualifiées, gérées par la peur et la compétition, mais par un entrepreneur mobilisant, autour d’une professionnalisation reconnue de façon irrévocable, des salariés toujours plus inventifs et dynamiques sur le long terme. La travail serait libre, libéré de la valeur travail, libéré des contraintes, libéré des échéances, libéré de la hiérarchie et de la subordination, la recherche de la qualité et de l’innovation étant animées, hors de toute incertitude des personnels sur leur statut, avec un horizon temporel long, les fins et les moyens du travail étant définis par les intéressés. La hiérarchie serait au moins partiellement élective, la contrainte serait assurée par des processus démocratiques de délibération entre égaux titulaires d’une qualification.

On vaincra la valeur travail en universalisant l’attribution de la qualification personnelle et en soutenant les synergies entre qualifiés porteurs de réseaux, s’associant comme collègues dans des entreprises définies par un produit et non par un employeur.

Alors que l’employeur décide de l’employabilité d’une personne réduite au statut de force de travail, l’entrepreneur anime l’entreprise. Il faut supprimer la fonction d’employeur pour pouvoir affirmer celle d’animation, la fonction d’entreprise et d’innovation étant libérée, dynamisée, les salariés mobilisés autour d’une professionnalisation reconnue de façon irrévocable étant plus inventifs et dynamiques sur le long terme que les travailleurs gérés par la peur et par leur mise en compétition comme force de travail.

Les salariés titulaires d’une qualification ne seraient plus demandeurs d’emploi et mineurs sociaux, mais producteurs. La subordination ayant disparu, nous serions dans une logique de travail libre, libéré de la valeur travail. La contrainte, les échéances, la hiérarchie, la recherche de qualité et d’innovation, l’exploration des produits nouveaux inhérentes à la production seraient animées hors de toute incertitude des salariés sur leur statut, avec un horizon temporel long, les fins et les moyens du travail étant définis par les intéressés.

La hiérarchie serait élective ou un mixte d’élection et de nomination. La contrainte serait assurée par des processus démocratiques de délibération entre égaux également titulaires de qualification.

L’innovation relèverait non du seul entrepreneur mais de la synergie des qualifiés.

Le travail ne serait plus organisé sous la tyrannie du temps de travail abstrait puisqu’il s’agira de produire des biens et des services identifiés, lisibles pour les usagers, qui auront un prix ou un tarif ou qui seront gratuits.

Une entreprise, lieu de travail voué à des produits spécifiques, est une convergence de qualifiés porteurs de réseaux personnels et mobilisés pour une production commune.

  1. 9. Le salaire n’est ni le prix de la force de travail, avec des droits-contreparties de la subordination, c’est-à-dire de la minorité sociale, ni un gagne-pain, ni un capital d’un non producteur s’efforçant de récupérer la plus forte part possible de la valeur ajoutée, ni un possible revenu universel forfaitaire d’un non producteur, correspondant à un besoin et alimenté fiscalement sous forme d’un patrimoine lucratif collectif. Le salaire est l’institution politique alternative aux institutions de capital, institution qui enrichit la citoyenneté par l’attribution à chaque personne d’une qualification personnelle et par le financement salarial de l’économie permettant un droit à définir les moyens et les fins du travail, un travail qui ne s’identifie plus à l’emploi mais qui est la libre actualisation de la qualification, le travailleur devenant pleinement salarié. Il faut la solidarité salariale dans la délibération politique pour l’attribution de la qualification à tous, avec le souci de son exercice effectif.

Pour certains opposants à la contre-réforme, le salaire serait le prix de la force de travail, mais avec des droits, mais ces droits sont la contrepartie de la subordination, de la minorité sociale. Ils nous disent qu’à défaut d’abolir les institutions du capital, au moins que le salaire, ce gagne-pain, serve aux travailleurs, ces titulaires d’un gagne-pain, d’un capital humain, à récupérer la plus forte part possible de la valeur ajoutée. Ils nous disent que le salaire, réduit à la rémunération du travail subordonné, pourrait être fiscalisé dans le SMIC, réduit par la CSG à la seule relation d’emploi, remplacé par un impôt dans une cotisation sociale qui n’aurait plus pour seule assiette la masse salariale.

Le salaire universel pour tous et pour tout, en particulier pour l’investissement, n’est pas le revenu universel, distribution universelle d’un forfait, posant les personnes comme porteuses de besoins qui pourraient être financés, dans un premier étage, par le revenu d’un patrimoine collectif étatique dont chacun a un droit de tirage.

Cette distribution monétaire universelle a certains avantages, en particulier la mise en cause de l’idéologie de la contributivité, mais il y a dans cette théorie du salaire universel le déni des personnes comme producteurs de richesses et aval donné à une institution du capital, la propriété lucrative.

Aucune ressource ne peut sortir d’un patrimoine, sauf l’usage d’un droit de propriété lucrative expropriateur.

Le deuxième étage du revenu universel est fonction de la contribution de chacun à la production, ce qui conforte le marché du travail et la valeur travail, d’autant plus que la solidarité tutélaire du forfait universel mettra en péril les garanties attachées à l’emploi.

Le salaire est une institution politique qui enrichit la citoyenneté par l’attribution à chaque personne d’une qualification personnelle et par le financement salarial de l’économie permettant un droit à définir les fins et les moyens du travail.

La qualification et la cotisation sociale sont des nouveaux rapports au temps, à la propriété, à l’investissement, constituant les nouvelles institutions salariales pouvant remplacer les institutions du capital.

Il est bon que « travailleur » soit remplacé par « salarié ».

Il faut libérer le travail de son identification à l’emploi pour lui permettre de s’enrichir de toutes les dimensions que lui apporteront les salariés en donnant libre cours à leur qualification.

Les personnes émancipées de la subordination seront appelées salariées, car ce sont les institutions salariales qui les supportent.

Le salariat est l’ensemble des institutions salariales.

Il faut la solidarité salariale reposant sur la promotion de la qualification pour tous, fondatrice d’une solidarité entre égaux, non la solidarité des prévoyants vers les pauvres, mais la solidarité de la délibération politique dans l’attribution de la qualification à chacun et dans le souci de son exercice effectif.

  1. 10. Le travail sous le capitalisme est à la fois, grâce en particulier aux acquis de la lutte des salariés, une activité qui met en oeuvre une qualification et une activité de production de marchandises dans le cadre de l’emploi, pour alimenter le capital. Il n’y a pas d’essence transhistorique du travail. Le travail sous le capitalisme est en partie une activité de production de marchandises dans le cadre de l’emploi, pour alimenter le capital, et en partie une activité de mise en oeuvre de sa propre qualification personnelle dans le cadre du salaire. L’emploi est la forme capitaliste de mise au travail. Il mesure le temps de travail abstrait, tout travail échappant à cette mesure du temps de travail abstrait ne devant pas être payé. Est en général reconnu comme travail, toute activité qui est reconnue monétairement. Certaines activités peuvent être mises en emploi, avec ou sans les droits salariaux liés à cet emploi. Le travail sous le capitalisme est, de manière prévalente, connecté à la subordination, mais il peut être connecté à la qualification, au seul salaire. Si les retraités passent du salaire continué à la rente viagère d’un compte notionnel ou à l’allocation tutélaire d’un minimum contributif ou à l’allocation d’autonomie, ils changent le type de monnaie qui valorise leur activité et le statut reconnu de leur activité passe du travail à du non travail, puisque la rente et l’allocation tutélaire sont les ressources de ceux qui ne travaillent pas, et du coup on dépouille le citoyen de son attribut principal, qu’il doit garder jusqu’à la mort, à savoir sa qualification personnelle. La valorisation monétaire du travail est tiraillée entre l’emploi, le travail étant la part de notre activité vouée à produire des marchandises pour alimenter le capital, et le salaire, le travail étant la part de notre activité qui met en oeuvre notre qualification.

Chercher du travail, dans le langage courant, c’est chercher un emploi.

L’emploi est la forme capitaliste de mise au travail.

L’emploi a été la matrice du salaire socialisé tout en organisant le travail sous la tyrannie de la valeur travail.

La fonction publique et les professions organisées n’obéissent pas à une logique d’emploi.

Cette logique de l’emploi a généré son contraire avec la reconnaissance du travail des retraités dans le salaire continué, travail reconnu socialement par du salaire débordant le travail aliéné et exploité, voué à la production de marchandises.

Dire que la retraite est un loisir, un temps hors travail, qu’un retraité est un inactif, c’est faire deux choses.

D’une part, dire que la retraite n’est pas du travail, c’est oublier que les retraités, que leur activité soit tournée vers le monde, vers les autres ou vers eux-mêmes, produisent des biens et des services utiles, c’est-à-dire des richesses, parfois davantage de richesses qu’un conseiller en communication de Sarkozy, avec des activités moins nocives qu’une grande part des activités qui se font sous le noble vocable du travail, ce travail dédié à produire des marchandises capitalistes comme les armes, la logistique d’un déplacement en avion d’un dirigeant qui pourrait prendre le train, l’attente des CRS dans un car pour une manifestation pacifique, la spéculation sur les marchés, les OGM. La servitude volontaire nous fait dire que notre maître a raison de dire que ces tâches sont du travail, tandis que les tâches des retraités n’en sont pas.

L’emploi mesure le temps de travail abstrait, tout travail échappant à cette mesure du temps de travail abstrait n’étant pas du travail et ne devant pas être payé.

D’autre part, dire que la retraite n’est pas du travail, c’est ne pas avoir conscience qu’il est possible de déconnecter travail et subordination en déconnectant le travail de l’emploi, pour connecter le travail à la qualification et donc au seul salaire. Il ne faut pas oublier que le travail du retraité est reconnu monétairement selon une modalité largement liée au salaire qu’il percevait quand il était actif occupé, si bien que ce type de reconnaissance monétaire des activités des retraités les fait entrer différemment dans la sphère du travail.

Alors que les religieuses hospitalières ne travaillaient pas, les infirmières payées à la qualification pour la même activité sont des salariées qui travaillent.

Il n’y a pas d’essence du travail, de définition transhistorique qui en ferait un invariant. Le travail ne se définit pas par un ensemble de caractéristiques essentielles que l’on pourrait retrouver universellement, mais par sa reconnaissance sociale comme travail, ce qui passe par sa valorisation monétaire.

Le type de monnaie qui valorise l’activité des retraités change leur statut. Si les retraités passent du salaire continué à la rente viagère d’un compte notionnel ou à l’allocation tutélaire d’un minimum contributif, le statut reconnu de leur activité passe du travail à du non travail, puisque la rente et l’allocation tutélaire sont les ressources de ceux qui ne travaillent pas.

Le fait que le travail ne se fasse pas sur l’emploi change son exercice, mais cela ne lui ôte pas son caractère de travail.

La valorisation monétaire du travail est tiraillée entre l’emploi, le travail étant la part de notre activité vouée à produire des marchandises pour alimenter le capital, et le salaire, le travail étant la part de notre activité qui met en oeuvre notre qualification.

La mise en emploi de certaines activités de service aux personnes à domicile les a transformées en travail, mais de mauvaise façon, car les droits salariaux liés à ces emplois sont ténus.

Le rapprochement de la pension du salaire continué conduit à considérer comme du travail les activités hors emploi, activités délivrées de la valeur travail, des retraités.

Quand la qualification personnelle sera le fondement de la citoyenneté, que la qualification sera un attribut universel de la citoyenneté, attribuer une qualification jusqu’à la mort, ce sera affirmer l’irrévocabilité de la dignité de citoyen. On ne retire pas son droit de vote à un mourant, on ne transforme pas le salaire continué en allocation d’autonomie.

La monnaie distribuée dans les pensions est l’expression de la valeur attribuée au travail présent et non aux cotisations passées, au travail passé, et au travail présent des retraités et non au travail présent des autres, aux cotisations actuelles des actifs, dans la mesure où on ne situe pas l’activité des retraités dans le hors travail.

  1. 11. Si l’employeur est maître de la définition des fins et des moyens du travail, de la mobilité et de l’attribution de la qualification des employés, il y a un ordre public social marginalisant le marché du travail, avec une qualification et des droits affectés à l’emploi, et donc indirectement à l’employé qui occupe l’emploi, puisque le salaire s’applique à des situations de non-emploi, au-delà de la logique de l’emploi, c’est-à-dire de la logique du marché du travail, réductrice de toute personne à une force de travail. La réforme essaye de remettre tout cela en question. L’emploi est un compromis, à la fois construction patronale et conquête des travailleurs. Les patrons maintiennent la logique du marché du travail, ils restent des employeurs, puisqu’ils affectent aux seuls postes de travail un certain nombre de droits salariaux, la qualification, les droits de protection contre le licenciement ou les règles d’organisation du travail étant un attribut du poste de travail et donc de l’employeur et non de la personne des employés, puisque l’affectation des personnes aux emplois est marchande, les employeurs étant les maîtres de la reconnaissance de la qualification, de la mobilité des employés, de la définition des fins et des moyens du travail. Les travailleurs marginalisent le marché du travail, avec les statuts, les dispositifs conventionnels, les hiérarchies de qualification liées au métier et encore mieux transversales, les grilles de salaires, les régimes complémentaires reconnaissant les temps hors emploi, une régulation de la mobilité, de l’embauche et du licenciement, les conventions collectives, les accords nationaux interprofessionnels, le droit du travail, le CDI comme norme de l’emploi, tout ce qui constitue l’ordre public social. Le fait que l’emploi est la matrice du salaire a un contenu émancipateur quand les conventions collectives définissent les salaires selon une grille de classification des postes qui s’impose à l’employeur, et cette qualification des postes, à travers le salaire, est aussi partiellement celle du salarié, puisque, d’un emploi à l’autre, il peut se prévaloir de la qualification du poste antérieur pour négocier un niveau de salaire. La qualification, attribut du poste de travail, devient dans la pension un attribut de la personne du retraité, lui garantissant un statut irrévocable de qualifié, alors qu’il n’a plus aucun emploi. Le fait que l’emploi est la matrice de la cotisation sociale a un contenu émancipateur dans la mesure où la relation d’emploi est dépassée, puisqu’un salarié, avec ou sans emploi, a droit à l’assurance-maladie, aux allocations familiales, au chômage, à la retraite, le salaire ayant une application plus large que le seul champ de l’emploi. La logique du salaire, constitutive de l’emploi, s’oppose à l’emploi, le dépasse, puisque quelle porte une reconnaissance des personnes comme productrices, indépendamment de l’emploi. Le contenu émancipateur de l’emploi est actuellement remis en question. On n’attache plus de droits salariaux au poste de travail, l’emploi n’ayant plus qu’un rôle de subordination de forces de travail achetées sur le marché du travail, ce qui se traduit par une baisse de salaire, par le transfert des cotisations sociales sur l’impôt, la protection sociale n’étant plus payée par le patron mais essentiellement par le salarié à travers la TVA, par une non-reconnaissance de la qualification.

L’emploi dans le secteur privé était un compromis, à la fois construction patronale et conquête des travailleurs, compromis qui libère les travailleurs du fardeau du marché du travail.

Dans certaines branches comme la banque, dans certaines entreprises paternalistes comme il en existe dans la sidérurgie, ou dans les entreprises à statuts comme la SNCF ou EDF, le personnel permanent échappe en interne à la logique du marché du travail, les statuts et les dispositifs conventionnels dressent des hiérarchies de qualification, liées d’abord aux métiers, puis transversales, auxquelles correspondent des grilles de salaires respectées par les employeurs et des régimes complémentaires reconnaissants les temps hors emploi de la maladie, de l’invalidité ou de la retraite. Le marché du travail est marginalisé. Les marchés internes régulent les tarifs, règlent la mobilité, les conditions de travail, l’embauche et le licenciement. Cette dynamique de l’emploi diffuse à travers des conventions collectives, des accords nationaux interprofessionnels, le droit du travail, construisant un ordre public social culminant avec l’affirmation du CDI comme norme de l’emploi.

Bien que le marché du travail soit marginalisé, la logique du marché du travail est maintenue. Les patrons sont des employeurs puisqu’ils affectent aux postes de travail un certain nombre de droits salariaux, c’est-à-dire qu’ils transforment les postes de travail en emplois, puisque la qualification, les droits de protection contre le licenciement ou les règles d’organisation du travail sont un attribut du poste de travail et donc de l’employeur et non de la personne des employés. L’affectation des personnes aux emplois est marchande. Les employeurs sont les maîtres de la reconnaissance de la qualification, de la mobilité des employés, de la définition des fins et des moyens du travail.

Cependant, le fait que l’emploi est la matrice du salaire est émancipateur. La convention collective définit les salaires selon une grille de classification des postes qui s’impose à l’employeur, et cette qualification des postes, à travers le salaire, est aussi partiellement celle du salarié, puisque, d’un emploi à l’autre, il peut se prévaloir de la qualification du poste antérieur pour négocier un niveau de salaire.

L’emploi est aussi la matrice de la cotisation sociale, mutualisation du salaire née de la relation d’emploi mais qui la dépasse, puisqu’un salarié, avec ou sans emploi, a droit à l’assurance-maladie, aux allocations familiales, au chômage, à la retraite. Le salaire a une application plus large que le seul champ de l’emploi.

Il y a actuellement un changement volontariste du sens de l’emploi, nommé « sauvetage » de l’emploi.

Le fameux « sauvetage de l’emploi non qualifié » prive le poste de travail de son affectation de droits salariaux, vide l’emploi de son contenu émancipateur, ne lui laissant que son rôle de subordination de forces de travail achetées sur un marché, l’employeur ne concédant plus de droits salariaux attachés aux postes de travail, et devenant donc acheteur de forces de travail. L’emploi joue alors contre le salaire, un salaire qui ne représente plus que 60 % de la valeur ajoutée, ce qui génère des bulles, le paiement des bulles se faisant par les licenciements, la baisse des salaires, ce qu’on appelle la « modération salariale », qui est un véritable pillage du salaire, désastreux pour l’emploi.

La principale mise en cause du salaire au nom de l’emploi est l’attaque contre les cotisations sociales, au nom de la détaxation du travail. Les exonérations de cotisations patronales constituent une réduction de 18 % du salaire et ces exonérations sont remplacées par une dotation budgétaire au régime général, c’est-à-dire les contribuables, les salariés pour l’essentiel, à travers la TVA, payent ce que les patrons ne payent plus.

Une partie des cotisations est remplacée par la CSG.

On a un gel du taux de cotisation malgré l’augmentation du nombre de retraités.

Une partie du salaire direct est payée par l’impôt, dans le RSA.

Le SMIC n’est plus un salaire, le premier de la hiérarchie des qualifications, mais un forfait de solidarité avec des travailleurs niés dans leur qualification et posés comme pauvres, victimes, justiciables de la solidarité nationale, le revenu de ceux à qui le salaire est refusé et dont la perception leur vie durant les conduira, comme retraités, à la solidarité du minimum contributif.

De nombreux emplois sont payés non à la qualification mais à un certain pourcentage du SMIC.

La cotisation est une mutualisation du salaire à la qualification, reconnaissant le hors emploi sur le mode de la qualification. Elle est proportionnelle au salaire brut, selon un taux ne tenant compte que de la qualification du poste auquel ce salaire brut est lié, ce qui conforte la reconnaissance de la qualification des cotisants et celle de ceux à qui elle est destinée, retraités, soignants, chômeurs, parents.

La qualification, attribut du poste de travail, devient dans la pension un attribut de la personne du retraité, lui garantissant un statut irrévocable de qualifié, alors qu’il n’a plus aucun emploi.

La logique du salaire, nié dans l’emploi et constitutive de l’emploi, s’oppose à l’emploi, le dépasse, puisque porteur d’une reconnaissance des personnes comme productrices, indépendamment de l’emploi.

  1. 12. La soumission du travail au temps de travail moyen, c’est-à-dire la suspicion constante que l’employé, constamment en concurrence sur un marché du travail généralisé, n’est jamais parfaitement employable, constitue une institution du capital antinomique aux institutions du salaire qui reconnaît une qualification à l’employé. La dynamique de l’emploi, qu’on peut appeler dynamique du salaire à la qualification, anticipation du salaire à la qualification personnelle, double l’emploi comme instrument de la soumission du travail à la valeur travail, institution du capital, par des institutions salariales potentiellement ou déjà anticapitalistes, la socialisation du salaire avec le salaire à la qualification et la cotisation sociale, le salaire continué dans la pension, les droits salariaux conquis, constituant des salariés titulaires d’emplois, pouvant faire carrière dans l’entreprise grâce à l’ancienneté, aux listes d’aptitude présidant à l’affectation aux emplois. La dynamique de l’employabilité restaure comme centrale et même exclusive les institutions du capital, constituant des employables prévoyants dotés de comptes épargne divers, toujours en compétition, devant constamment réexpliquer qui ils sont et ce qu’ils savent faire dans des entretiens d’embauche en interne menés en faisant table rase de leur qualification, la mobilité dans l’entreprise passant par la mesure d’une distance à l’emploi, distance qui ne sera jamais nulle, leur employabilité résumant l’inadéquation a priori du candidat à l’emploi, ce soupçon continuant de peser même sur le salarié retenu, si bien que l’emploi n’est plus le support de la qualification mais le vecteur d’une permanente suspicion d’inemployabilité. La réforme globalise le marché du travail en s’attaquant aux marchés internes aux entreprises et aux branches considérés comme des formes corporatives, en dénonçant comme inégalitaires et sources de discrimination entre inclus et exclus les emplois porteurs de droits salariaux, en remettant en cause la qualification et la sécurité du poste, le salaire de la qualification, le respect de la grille salariale, la négociation collective de branche, le respect par le contrat de travail d’une hiérarchie de normes constituant l’ordre public social. Pour faire accepter les droits salariaux en baisse et pour que les salariés se rendent sur le marché du travail, la réforme introduit, en plus de l’employabilité, la sécurité de la mobilité à travers la sécurisation des parcours professionnels, ce qui est appelé la flexisécurité ou la sécurisation des mobilités, associé à un service public de l’emploi indemnisant, prenant en charge, mesurant l’employabilité, affectant à des agences de reclassement, assurant des droits attachés à la personne, un droit à la formation tout au long de la vie, un droit au reclassement, avec transfert de ces droits chez le nouvel employeur.

L’entreprise réformatrice est le passage de l’emploi comme régime de travail à l’employabilité comme autre régime de travail.

Dans de nombreuses entreprises, il était possible de faire carrière sans passer par une logique de marché du travail, l’ancienneté ou les listes d’aptitude présidant à l’affectation aux emplois. L’emploi était institution du capital en tant qu’instrument de la soumission du travail à la valeur travail, mais aussi matrice de la socialisation du salaire, avec la montée en puissance du salaire à la qualification et de la cotisation sociale, ouvrant un espace à des institutions salariales subversives des institutions du capital.

Aujourd’hui, chacun fait son CV en interne pour postuler à des emplois mis en compétition entre des collègues qui peuvent avoir 30 ans d’ancienneté mais qui doivent en permanence réexpliquer qui ils sont et ce qu’ils savent faire dans des entretiens d’embauche en interne menés en faisant table rase de leur qualification, la mobilité dans l’entreprise passant par la mesure d’une distance à l’emploi recherché, distance qui ne sera jamais nulle, leur employabilité résumant l’inadéquation a priori du candidat à l’emploi pour lequel il postule, et ce soupçon pourra continuer de peser même sur le futur salarié retenu, si bien que l’emploi n’est plus le support de la qualification mais le vecteur d’une permanente suspicion d’inemployabilité.

D’une part, au nom de la libre circulation des capitaux, des marchandises, des personnes, de la compétitivité des entreprises, de la modernisation du marché du travail, on a une logique de l’emploi adaptée au capitalisme financiarisé, avec le remplacement des titulaires d’emplois par des employables prévoyants dotés de comptes épargne divers.

D’autre part, on a le salaire à vie à la qualification personnelle, avec le nouveau statut du travail salarié de la CGT, s’appuyant sur les droits salariaux conquis dans la dynamique de l’emploi et sur le précédent de la fonction publique, mais en dépassant le corporatisme, imposant la figure du salarié doté d’une qualification personnelle, s’appuyant sur les institutions salariales comme le salaire continué dans la pension.

La dynamique de l’employabilité, restaurant comme centrale et même exclusive les institutions du capital, remplace la dynamique de l’emploi qui doublait les institutions du capital par des institutions salariales potentiellement ou déjà anticapitalistes.

Dans un premier temps, la réaction monétariste interdit le financement de la dépense publique par la banque centrale et centre la création monétaire sur l’anticipation du prix des marchandises dans le prêt bancaire, pendant que la production non marchande est imposée ou n’est tolérée que si elle est au service de la production marchande, le secteur public étant au service de la logique de l’accumulation financière et du profit, en assurant ce qui n’est pas rentable.

La financiarisation du capital impose de nouveaux indicateurs de prise de décision, au service de la production de valeur pour l’actionnaire, au service de la sécurité de rendements du capital supérieurs aux gains de productivité, l’insécurité étant reportée sur les salariés ou sur l’activité de production.

Le pillage du salaire, générateur de bulles, se fait par le chantage à l’emploi, les délocalisations et la mise en cause des conventions collectives par la sous-traitance.

L’entreprise change son périmètre au gré des mouvements de capitaux.

L’employeur s’efface devant l’actionnaire, le DRH se détache des logiques productives, l’institution capitaliste de l’accumulation financière et du droit de propriété lucrative retrouve tout son lustre, la cotisation sociale, en plus de l’impôt, étant stigmatisée comme taxe sur le travail et remplacée par des dotations budgétaires aux caisses de sécurité sociale, ce qui rend plus difficile la dépense publique, réduit l’espace de la fonction publique et du non-marchand.

La réforme globalise le marché du travail en s’attaquant aux marchés internes aux entreprises et aux branches considérés comme des formes corporatives et en dénonçant comme inégalitaires et sources de discrimination entre inclus et exclus les emplois porteurs de droits salariaux, remplaçant la qualification et la sécurisation des droits liés aux postes de travail, la qualité et la sécurité de l’emploi, par l’employabilité, la sécurité de la mobilité à travers l’hypocrite sécurisation des parcours professionnels, la flexisécurité, permettant de faire accepter des droits salariaux à la baisse.

Pour que les salariés se rendent sur le marché du travail, un service public de l’emploi les indemnise, les prend en charge, leur assurant un droit réel au reclassement, transférant certains droits comme la formation ou les complémentaires maladie chez le nouvel employeur.

Le service public de l’emploi est financé par une taxe sur les entreprises qui licencient. Il mesure l’employabilité des chômeurs et les affecte à des agences de reclassement avec obligation de résultat. Un tiers de la subvention va à l’agence lors de la réception du chômeur, un autre tiers quand il arrive dans l’emploi, le dernier tiers six mois a tout près, s’il est toujours dans l’emploi.

Les salariés doivent en échange accepter les offres d’emploi valables. Ils ont le droit à la formation tout au long de la vie, et d’autres droits, droit au reclassement, accès au service public de l’emploi, tous attachés à la personne, non liés au type de poste, au type d’entreprise ou au type de contrat de travail. Ce sont des droits universels, transférables d’une entreprise à l’autre, obligatoires.

La promotion de l’employabilité est l’occasion d’une marginalisation-stagnation du salaire, le mot « salaire » étant remplacé par le mot « pouvoir d’achat ».

La qualification et la sécurité du poste, le salaire à la qualification, le respect de la grille salariale, la négociation collective de branche, le respect par le contrat de travail d’une hiérarchie de normes constituant l’ordre public social, sont remis en cause au profit de l’employabilité et la sécurisation des mobilités.

L’application du droit du travail du pays d’origine, sous réserve du respect du seul droit national minimal du pays d’accueil, détruit l’ordre public social.

Le salaire socialisé, en particulier la cotisation sociale, qui générait une prestation en répartition en fonction du salaire, est remplacé par l’impôt de la CSG ou par un dispositif de piliers, un pilier de revenu différé garanti par l’État et un pilier d’épargne salariale, le salaire disparaissant au profit d’une logique d’une prévoyance accumulant sur des comptes individuels les droits à pension, tout comme s’accumulent sur des comptes individuels des droits à formation, à RTT, à une couverture santé complémentaire, au chômage, tout devenant objet d’épargne notionnelle, qui ne génère pas d’accumulation financière mais fonctionne selon la logique de l’épargne, remplace le salaire et restitue leur légitimité à la propriété lucrative et à l’accumulation financière que la cotisation contestait.

La garantie d’une prévoyance liée au travail subordonné à travers des comptes d’épargne remplace le salaire de la cotisation sociale, le salaire socialisé cédant la place au revenu différé ou à l’accumulation financière.

Le contrat de travail et le contrôle judiciaire remplacent l’ordre public social.

Les droits que génère  seul le travail subordonné prennent des formes congruantes au marché du travail et à la propriété lucrative.

La dynamique de l’employabilité est antinomique à la dynamique du salaire à la qualification personnelle, en anticipation dans le salaire à la qualification, la sécurité sociale, les conventions collectives et la fonction publique.

  1. 13. La disqualification du producteur en personne titulaire d’une capacité de gains, en demandeur d’emploi, en force de travail, en mineur social jamais vraiment employable, en victime de la crise, en exclu, justifie le droit de propriété lucrative des actionnaires et leur accaparement de la gestion. La victimisation, la compassion, la charité, la solidarité nationale, la politique sécuritaire, la réduction du salaire à un gagne-pain, la disqualification du salarié en pauvre, non producteur, mineur social jamais vraiment employable, exclu, victime du chômage, de la crise, de l’ultralibéralisme, de l’insécurité, de tout, la disqualification des producteurs au profit des actionnaires et des hommes raisonnables sont essentiels pour le fonctionnement du capitalisme. Les personnes sont posées comme titulaires d’une capacité de gain et niées dans leur capacité de produire, dans leur statut de sujet de la production, cette expropriation, la réduction des personnes à des forces de travail produisant des marchandises sous le joug de la valeur travail, est la condition du profit, de la valorisation des capitaux. Les actionnaires et ceux qui dirigent en leur nom usurpent le statut de sujet des producteurs et les disqualifient, les ravalant au rang de demandeurs d’emploi sur le marché du travail.

Ma pension est la contrepartie de ma qualification et non du passé de mes cotisations. La cotisation sociale, comme tout élément du salaire, reconnaît la qualification en acte du retraité dont elle finance la pension, qui est donc non du salaire différé mais du salaire actuel. Dire que la pension est un revenu différé, c’est considérer la cotisation comme une épargne et ravaler le salaire à la qualification au rang de revenu d’un gagne-pain, en niant que les salariés sont des producteurs. Le revenu différé, expression de la justice de prestations strictement contributives, de l’équité de la contributivité, est complété par le revenu minimal garanti, expression de la solidarité avec les pauvres. La contributivité du revenu différé trouve dans les comptes épargne de quoi relancer l’employabilité est ainsi entretenir sa propre expropriation de producteur. Le minimum garanti dénie la qualification de ses bénéficiaires. Il faut déconstruire la solidarité nationale, la compassion envers des personnes victimisées, la mobilisation du ressort de la solidarité au service du maintien de la dictature de la valeur travail, le pauvre ou la victime étant le statut limite du mineur social dans lequel se trouve le salarié et que produit le marché du travail.

L’équité intragénérationnelle entre cotisants récupérant exactement leur mise va de pair avec la solidarité nationale avec les victimes. L’existence d’un minimum contributif de pension assume la victimisation des retraités et des actifs voués à le percevoir. Le binôme équité-solidarité exprime le binôme libéral de la répartition strictement distributive, génératrice de richesse et de pauvreté, avec la solidarité des riches envers les pauvres.

Des groupes entiers contribuant à la richesse nationale sont qualifiés par la négative, comme exclus, pauvres, ce qui heurte l’imaginaire dynamique de la classe ouvrière, porteuse des luttes pour l’affirmation des travailleurs.

Parler de l’ultralibéralisme comme ennemi des pauvres, c’est oublier la solidarité nationale d’un capitalisme qui déteste les salariés et aime les pauvres, surtout s’ils sont au travail.

L’actionnaire et l’homme de talent sont les seuls sujets légitimes de l’économie, les salariés étant des mineurs sociaux réduits au statut de victimes des délocalisations, des licenciements, d’une formation insuffisante, de la crise, de la Chine, donc ayant droit à la solidarité nationale de la part des pouvoirs publics. Le couple actionnaire-victime est réactivé constamment, naturalisé.

Le droit de propriété lucrative et la tyrannie de la valeur travail, institutions centrales du capital, doit dénier le droit à la qualification au coeur du salaire.

Il n’y a pas de capital sans disqualification, victimisation de toute la population au travail, ce qui génère insécurité alimentant la dérive sécuritaire et compassion remplaçant la justice par la charité.

Le journaliste en direct des marchés nous fait entrer dans le temple pour communier au rituel dont le rabâchage ravive notre croyance et notre adhésion à la religion de l’éditorialiste prêchant la seule légitimité de l’actionnaire et de l’expert.

Il faut passer d’une solidarité envers les pauvres à une solidarité entre égaux.

La victimisation d’une partie notable des personnes au travail est la forme extrême de la disqualification qui les frappe toutes, disqualification des producteurs au fondement des institutions du capital.

Les personnes sont posées comme titulaires d’une capacité de gain et niées dans leur capacité de produire, dans leur statut de sujet de la production, cette expropriation, la réduction des personnes à des forces de travail produisant des marchandises sous le joug de la valeur travail, est la condition du profit, de la valorisation des capitaux.

Les actionnaires et ceux qui dirigent en leur nom usurpent le statut de sujet des producteurs et les disqualifient, les ravalant au rang de demandeurs d’emploi sur le marché du travail, le chômage, inhérent au statut de force de travail, pesant à la baisse sur les droits salariaux. Si les actionnaires ne peuvent pas disparaître, par contre les travailleurs disparaissent avec leurs postes de travail ou voient leurs salaires amputés.

  1. 14. La qualification nie la valeur travail. De la disqualification des personnes dans le marché du travail à la qualification pour tous et au progrès de la qualification de chacun. La qualification personnelle, institution salariale en germe dans le capitalisme, attribut universel et irrévocable de la personne lui permettant de participer dans le bonheur et de manière créatrice à la définition des fins et des moyens du travail, attribut politique avec un âge de la majorité salariale, comme capacité de produire et non capacité de gain, comme attestation de capacités transversales indiscutées, comme sécurité d’un salaire assuré, comme insertion dans un réseau actif de pairs, comme capacité de recourir à des institutions représentatives pour consolider et faire progresser sa qualification. La qualification ne doit pas être attribuée à un emploi, et donc refusée à l’employé, par l’employeur qui s’approprie la capacité créatrice de l’employé pour en faire une force de travail sur le marché du travail, au service du capital. Il faut la pleine qualification universelle et non le plein-emploi. Il faut le salaire et non le revenu universel, fruit d’un patrimoine lucratif collectif. Il faut rémunérer le travail non sur la base de la marchandise produite mais sur la base de la qualification. Il faut l’égalité dans le salaire et non l’équité dans la prévoyance. Il faut abolir le marché du travail, l’emploi, les employeurs.

Le travail abstrait, quand le temps de travail abstrait est la mesure de valeur, détruit le travail concret. Mais le travail abstrait est nécessaire à l’enrichissement du travail concret. La qualification est l’attestation de capacités transversales à plusieurs métiers, regroupés dans quelques conventions collectives interprofessionnelles, celles de la communication, celles de l’éducation et de la culture, celles des transports, celles de l’énergie, etc.

La négociation collective dégage de nombreuses pratiques de qualification, tandis que l’école certifie mais ne qualifie pas.

La qualification est un attribut universel et irrévocable, comme le droit de vote.

Elle est la condition nécessaire pour que chacun participe à la définition des fins et moyens du travail, parce que sa capacité est indiscutée, son salaire assuré, son insertion dans un réseau de pairs vivante, son recours à des institutions représentatives possible.

Elle est un attribut politique qui enrichit la citoyenneté ouvrant l’âge de la majorité salariale.

Une politique de la qualification exaltant les capacités créatrices, confiant le travail à des personnes ratifiées dans leur qualification et ayant bonheur à lui donner libre cours, exige au préalable la qualification universelle des personnes, en rupture avec les ravages de leur disqualification permanente opérée par le marché du travail et par des parcours professionnels dérobant constamment l’horizon de l’employabilité.

D’abord qualifier chaque personne et soutenir chaque personne pour que cette qualification progresse, car nous sommes porteurs d’une capacité de produire et non d’une capacité de gain, d’abord la pleine qualification et non le plein-emploi, l’égalité par le salaire et non l’équité dans la prévoyance, le salaire comme expression d’une qualification et non le revenu universel, fruit d’un patrimoine universel, le salariat et la qualification et non le capital et le patrimoine lucratif.

La qualification universelle nie la valeur travail.

La logique salariale distribue les salaires à la qualification, conditions d’un travail émancipé, alors que la logique du capital rémunère le travail sur la base de la marchandise produite, comme conséquence du travail subordonné.

Entrer au chômage, c’est voir sa qualification niée en même temps qu’est accentuée l’injonction d’améliorer son employabilité.

Les salariés du privé n’ont pas de qualification personnelle puisqu’ils ont la qualification de leur poste de travail, leur adéquation au poste pouvant être à tout moment contestée.

La vie professionnelle est une course sans but atteignable vers une employabilité que les employeurs jugent à chaque instant insuffisante puisqu’ils détiennent les clés de l’emploi, puisqu’ils attribuent la qualification, qu’ils refusent aux travailleurs, aux postes de travail.

Tant que ce sont les emplois qui sont qualifiés et pas les travailleurs, tant que ce sont les emplois qui fondent les droits sociaux, et d’abord le droit au salaire, alors les employeurs sont les maîtres du jeu, s’appropriant la capacité de création pour la transformer en force de travail.

La qualification et le salaire ne doivent plus dépendre des décisions d’employeurs sur un marché du travail, mais être des acquis définitifs qui ne peuvent que progresser. Il est possible de mettre en oeuvre les qualifications sans marché du travail, sans employeurs, sans emploi.

  1. 15. L’instance de l’autre, d’attribution de la qualification, et l’instance du tiers, de validation de la qualification, sont nécessaires pour définir et assurer la qualification. L’altérité attribue une qualification. Sous le capitalisme, l’autre qu’est l’employeur, de manière arbitraire, définit la qualification des postes de travail, les conditions d’embauche et de fin de contrat, la gestion prévisionnelle des emplois, la formation continue, la valorisation des acquis de l’expérience, ne reconnaissant que l’employabilité des employés. Le post-capitalisme, qui marginalisera les employeurs, innovera dans la reconnaissance des qualifications, dans la définition des acteurs et des outils nécessaires à cette reconnaissance. Le tiers, qui valide une qualification que l’autre a attribuée, est joué sous le capitalisme par le marché des biens et des services et par les anticipations de la production de ces biens de ces services par les prêts bancaires, ces instances étant des instances de validation des décisions de l’employeur d’attribution d’employabilités. Dans le post-capitalisme, dans le cadre d’une mobilisation du travail sans la valeur travail, on définira la place relative et la régulation des différentes productions ainsi que la création de monnaie correspondante.

L’autre que représente l’employeur et le tiers que joue le prix dans la logique du capital doivent être remplacés, car dépasser la logique de l’employabilité décidée par l’employeur ne supprime ni l’altérité ni le tiers nécessaires à la définition de la qualification personnelle.

S’agissant de l’altérité qui attribue une qualification, la construction de l’emploi comme matrice des droits salariaux s’est accompagnée d’une série de garde-fous de l’arbitraire de l’employeur dans la définition de la qualification des postes de travail, dans les conditions d’embauche et de fin de contrat, dans la gestion prévisionnelle des emplois, dans la formation continue et dans la valorisation des acquis l’expérience, avec des acteurs et des outils dont le rôle se déploiera du fait de la marginalisation des employeurs et innovera dans la reconnaissance des qualifications et non des employabilités.

S’agissant du tiers qui vient valider une qualification qu’un autre a attribué, il faut assumer le rôle joué, dans la validation de la décision de l’employeur d’attribuer une employabilité, par le marché des biens et services et par les anticipations qu’en font les prêts bancaires, et il faut élaborer maintenant la définition de la place relative et de la régulation des différentes productions ainsi que la création de monnaie, avec une autre mobilisation du travail, sans la valeur travail.

  1. 16. Du collectif de travail au réseau de pairs comme attribut de la personne du salarié, avec le soutien d’un syndicat. Dans le cadre du marché du travail, de la logique de l’emploi, du joug du temps de travail abstrait, du développement de la sous-traitance et de la filialisation, le collectif de travail et le réseau de collègues définis par l’employeur, sont personnalisants, individualisants, et malgré cela les salariés se constituent un groupe de pairs et adhèrent à des syndicats pour entretenir et développer leur qualification.

La logique de l’emploi affirme l’existence d’un collectif de travail avec des collègues définis par l’employeur.

Le marché du travail dévaste ces collectifs liés à l’employeur avec la filialisation, la sous-traitance, le prêt de main-d’oeuvre, d’où une personnalisation, une individualisation des réseaux de collègues et des collectifs de travail.

L’incompatibilité entre la logique de la production et la logique de l’actionnaire pousse à la désillusion et au cynisme vis-à-vis de l’entreprise.

L’employeur et le prix sont porteurs du joug du temps de travail abstrait.

Les jeunes ont souvent un employeur juridique qu’ils n’ont jamais vu et dont ils n’attendent rien en termes de carrière. Leur travail n’est pas encadré, si bien qu’ils se bricolent entre eux des collectifs de travail. Ils aiment leur collectif de travail et font l’expérience d’un travail sans employeur. Ils cultivent avec soin leur formation et leurs liens avec des pairs pour un soutien, pour saisir des opportunités.

Cette absence d’employeur de fait est une richesse, mais elle fragilise, puisque les droits sont définis à partir de l’emploi, si bien qu’il faut une quatrième dimension, non présente dans l’anticipation que constituent les retraités, à savoir l’accès aux syndicats et aux institutions représentatives posées comme références du producteur collectif.

Il faut l’accès à des institutions de représentations garantissant le respect du droit à la progression de la qualification.

On peut inscrire cette qualification dans une hiérarchie de quatre niveaux, si on souhaite une hiérarchie salariale de un à cinq.

Le jeune diplômé, au lieu de valoriser dans une qualification l’effort de certification qu’il vient de faire, doit se vendre, se transformer en demandeur d’emploi, là où la définition des emplois n’est pas de son ressort, se heurtant sur le marché du travail à des employeurs qui le définissent par sa distance à l’emploi, puisque, au lieu de reconnaître sa qualification, on lui enjoint d’améliorer son employabilité.

Nous réclamons la fin du marché de l’eau mais pas la fin du marché du travail.

Le collectif de travail renvoie aux entreprises, le réseau de pairs à la personne du salarié qui peut le mobiliser à tout instant, pour rester en permanence socialisé dans le champ de la qualification dont il est titulaire. Ce réseau de pairs est un réseau professionnel ayant un caractère transversal comme est transversale la capacité qu’on reconnaît au salarié, que ce soit une association professionnelle, un réseau d’acteurs locaux ou un réseau international de spécialistes, autant de réseaux qui sont le support d’échanges, de services, d’édictions de règles d’exercice et de leur contrôle, de mutualisation d’outils, de formations, de valorisation des activités individuelles.

À la sortie du lycée, chacun qui ne poursuit pas ses études doit se voir attribuer non seulement une qualification avec un salaire forcément supérieur au SMIC, mais aussi le réseau des pairs qui vont avec cette qualification, tandis que celui qui poursuit ses études doit se voir attribuer un forfait salarial au SMIC.

La qualification et le salaire qui lui est lié sont des attributs de la personne.

Comme la qualification ne peut s’exercer que si les qualifiés font entreprise dans un collectif de travail, doit s’ajouter comme attribut de la personne à la qualification et au salaire, l’aide à la constitution et à l’entretien d’un réseau de pairs.

  1. 17. Les institutions représentatives comme attribut de la personne du salarié, pour assurer et développer sa qualification et ses droits.

Doit s’ajouter aussi, comme attribut de la personne, à la qualification, au salaire, au réseau de pairs, le droit à une institution représentative pour faire valoir ses droits.

  1. 18. Les anticipations du post-capitalisme, dans les institutions salariales, alternatives aux institutions du capital. Dans la fonction publique, les droits sont attachés à la personne, ils sont détachés du poste. Le fonctionnaire a le statut de salarié, c’est-à-dire qu’il est porteur d’un salaire à vie et de capacités transversales reconnues, et qu’il est doté d’un réseau professionnel à caractère transversal comme sont transversales ses qualifications. Par l’intermédiaire du statut de la fonction publique, la personne n’est pas dépendante de l’emploi, sa qualification est mise en oeuvre, avec une plus ou moins grande hétéronomie, avec un salaire correspondant à sa qualification. Le grade du fonctionnaire sanctionne une formation et le résultat à un concours, ce qui assure un niveau de culture générale et des capacités spécifiques mais transversales. Les trois dimensions du grade sont le droit de salaire et de promotion, les compétences transversales reconnues permettant l’occupation de divers postes, l’appartenance à un corps permettant des solidarités professionnelles se retrouvant d’une affectation à l’autre, que ce soit une association professionnelle, un réseau d’acteurs locaux ou un réseau international de spécialistes, autant de réseaux qui sont le support d’échanges, de services, d’édictions de règles d’exercice et de leur contrôle, de mutualisation d’outils, de formations, de valorisation des activités individuelles. Dans le privé, la qualification, avec le salaire correspondant, fixé par convention collective, est attribuée au poste ou à l’emploi, elle est donc attribuée indirectement à la personne qui occupe l’emploi. La convention collective fixe la hiérarchie des qualifications sur des critères transversaux aux postes de travail. Le retraité du privé rejoint le retraité du public en acquérant ainsi le statut véritable de salarié.

Nous avons des anticipations de la qualification personnelle dans la fonction publique, dans les professions indépendantes dont les clients sont remboursés par la sécurité sociale, dans les organisations coopératives, dans le secteur non lucratif, mais aussi dans les entreprises privées, car la dictature de la valeur travail n’est jamais absolue.

Au cours des conflits sociaux, la qualification de la personne s’est construite dans la fonction publique avec la personne titulaire de son grade, avec des droits détachés du poste, le licenciement d’un fonctionnaire sans-emploi étant impossible. On a donc une personne non dépendante de son emploi et dont la qualification est mise en oeuvre avec une plus ou moins grande hétéronomie, avec un salaire correspondant à la qualification, par l’intermédiaire du statut de la fonction publique.

Le fonctionnaire a un grade qui sanctionne une formation et le résultat à un concours, grade assurant un niveau de culture générale, des capacités spécifiques mais transversales.

Le titulaire d’un grade peut exercer des métiers très différents et sa mobilité, sa capacité à enrichir son expérience de travail sera à la mesure des trois dimensions du grade que sont ses droits de salaire et de promotion, liés à sa qualification et non au poste, droits qui sont sûrs quels que soit l’aléa de l’occupation d’un poste, les compétences transversales permettant de tenir des postes différents et l’appartenance à un corps garantissant des solidarités professionnelles se retrouvant d’une affectation à l’autre.

Le gradé a l’assurance d’être reconnu pour sa compétence dans des postes divers et jouit de la solidarité d’un corps, il n’est pas la force de travail sur le marché du travail ou l’homme de métier engoncé dans un costume étroit.

Dans le secteur privé, la qualification de la personne correspond au poste occupé, avec un salaire correspondant à la qualification du poste, par l’intermédiaire de la convention collective.

La qualification n’est pas le métier avec le poids des usages, des routines, des déférences d’apprentissage. La hiérarchie des qualifications des postes de travail n’est plus une paraphrase du métier mais construite sur des critères transversaux aux postes de travail. Les capacités transversales à plusieurs métiers sont regroupées dans quelques conventions collectives interprofessionnelles, celles de la communication, celles de l’éducation et de la culture, celles des transports, celles de l’énergie, etc.

Comme la logique du privé est la logique de la force de travail et de la valeur travail, la qualification est celle du poste et indirectement seulement celle de la personne qui l’occupe, une qualification moins riche que celle du public, mais comme les retraités du privé se voient attribuer cette qualification jusqu’à leur mort, ils rejoignent les retraités de la fonction publique dans un statut de salarié, c’est-à-dire de porteur d’un salaire à vie, d’une capacité reconnue, et pour ceux qui n’ont pas identifié cette capacité à leurs seuls collègues de poste de travail, ils sont dotés d’un réseau professionnel, d’un réseau de pairs ayant un caractère transversal comme est transversale la capacité qu’on leur reconnaît, que ce soit une association professionnelle, un réseau d’acteurs locaux ou un réseau international de spécialistes, autant de réseaux qui sont le support d’échanges, de services, d’édictions de règles d’exercice et de leur contrôle, de mutualisation d’outils, de formations, de valorisation des activités individuelles.

  1. 19. L’institution salariale de la retraite à la qualification comme alternative aux institutions du capital,  et la contribution majeure à la production des retraités comme expérimentateurs d’un travail hors domination du temps de travail abstrait.

Les retraités ne sont pas des bénévoles mais des professionnels, des travailleurs producteurs de biens et de services utiles, assumant leur qualification dans des activités et des entreprises novatrices et alternatives aux institutions du capital, un travail non subordonné, libéré du marché du travail, de la subordination à un employeur et de l’obligation de produire des marchandises, souvent dans la continuité de leur vie de travail subordonné. Les retraités, dans une mesure plus ou moins grande, ont un salaire à vie, dans la continuité de leur meilleur salaire d’activité, ont des capacités transversales inscrites dans une qualification, ont un réseau de pairs au-delà du collectif de travail constitué par l’employeur, se défendent à travers des syndicats pour la promotion et la défense de leur qualification.

Les retraités se revendiquent non comme bénévoles mais comme professionnels, travailleurs. Ils assument leur qualification dans des activités publiques collectives, y compris économiques, souvent dans la continuité de leur vie de travail subordonné, en inventant des organisations du travail et des relations à la demande non marquées par la subordination et le marché. Un inventaire de l’inventivité de ces salariés à vie est à faire. Le bonheur des retraités au travail vient de ce qu’ils touchent leur pension en étant libérés du marché du travail, de la subordination à un employeur, de la production de marchandises sous la tyrannie du temps de travail, de la valeur travail.

Il faut sortir du flou conceptuel laissé par la naissance pragmatique des institutions que sont le salaire continué dans la pension, la qualification personnelle, la cotisation sociale assise sur le seul salaire et la retraite à 60 ans, et montrer que ces institutions ouvrent des possibles émancipateurs, une alternative aux institutions du capital.

Le revenu différé est une institution du capital, avec la transposition dans la répartition des techniques financières comme le capital notionnel, l’actif privé, la dette publique, le taux de rendement, la rente viagère. Le revenu différé affirme la légitimité du seul travail subordonné, quand il pose une stricte contrepartie de la pension avec le travail subordonné, du fait de la neutralité actuarielle, ce qui incite à consacrer la hausse de l’espérance de vie à un surplus de travail subordonné et subordonne le public de la répartition au privé de la capitalisation.

Le salaire continué repose sur la qualification personnelle, celle qui est attachée à la personne et non à l’emploi et qui peut se mettre en oeuvre dans la liberté. Les retraités au travail, selon des formes et sur des objets qu’ils décident, contribuent à la production de la richesse, c’est-à-dire la production des biens et des services utiles.

Ces retraités mobilisent trois atouts, une pension en rapport avec leurs meilleurs salaires, des capacités transversales reconnues qu’ils transposent, un réseau personnel de pairs.

Armés d’une qualification personnelle, les retraités peuvent travailler hors du carcan de la valeur travail. Ils n’ont besoin ni de se présenter sur le marché du travail, ni de se soumettre à un employeur, ni de transformer leur production en marchandises, ce qui ne veut pas dire que leur production n’ait pas un prix, qu’elle ne puisse pas être vendue. Les retraités bénéficient du soutien de leur qualification quand ils ont un fort réseau personnel et qu’ils peuvent faire converger ce réseau avec d’autres pour des productions s’enrichissant de cette synergie. Mais en général, aucune politique de qualification personnelle n’est menée en direction des retraités, en matière de financement, de définition des objets de travail, de constitution de collectifs de travail, pour encourager des entreprises de retraités subvertissant la valeur travail. La qualification des retraités est gelée au niveau de celle qui leur a été reconnue au moment où ils sont entrés en retraite. On ne trouve aucune occasion pour leur attribuer une qualification supérieure, comme s’ils étaient condamnés à la bulle de loisirs.

Une politique de la retraite devrait affirmer la qualification personnelle des retraités dans ses trois dimensions, mener une politique les aidant à faire entreprise et à inventer des productions libérées de la valeur travail. Il faut généraliser à tous les retraités ce bonheur au travail des retraités libérés de la tyrannie, et attribuer à tous, de la fin du lycée à la mort, une qualification personnelle.

Il ne faut pas parler de loisirs bien mérités pour les retraités, ou nous lamenter sur le désastre du travail du fait de l’organisation capitaliste du travail, ou parler de problèmes démographiques ou de problèmes de déficit, ce qui manifeste notre cécité, notre servitude volontaire.

Il importe que le bonheur privé des retraités au travail devienne publique, en démontrant que ce que vivent les retraités au travail peut devenir le fait de tous.

  1. 20. Un âge politique du départ à la retraite est de la plus haute importance pour la créativité sociale et l’évolution future de la société. Il ne faut pas dire que l’âge de liquidation de la pension doit être un libre choix, une décision privée d’arbitrage entre durée dans l’emploi et niveau de revenu différé, que l’âge légal doit être l’ouverture d’un droit qu’on peut ne pas exercer, qu’il faut laisser la place aux jeunes, qu’il faut un temps de loisir, d’inactivité et de repos pour soutenir la demande de consommation, qu’il faut fuir un travail mortifère, qu’il faut passer à autre chose et réaliser d’autres dimensions de soi. L’âge de départ à la retraite doit être un âge politique, fixé de manière pragmatique et conventionnelle, un âge qui doit être le même pour tous et obligatoire pour tous, un âge où on entre avec sa qualification, comme salarié, hors du marché du travail et de l’emploi, dans un laboratoire politique expérimentant la possibilité de remplacer pour tous le travail mené sous le joug de la valeur travail par un travail qui en est libéré, une telle responsabilité dans l’invention de chemins nouveaux pour le travail ayant besoin du dispositif politique des droits liés à un âge politique. Les qualifications devront obligatoirement s’actualiser différemment, prendre un nouveau cours, à distance et hors de toute responsabilité opérationnelle, les retraités explorant d’autres voies pour le travail, auditionnant l’existant, transmettant leur expérience, systématisant les savoirs, veillant à une appréhension moins instrumentale de l’histoire et de l’international, la retraite restant un laboratoire d’expérimentation sociale ouvrant les possibles d’un nouvel avenir du travail.

La retraite à 60 ans est plébiscitée. Il ne s’agit pas de naturaliser une caractéristique biographique, mais de poser sa signification politique, donc contingente, conventionnelle, et en même temps source de droits garantis à un âge qui doit être le même pour tous et obligatoire pour tous.

L’entrée en retraite, pour les réformateurs, est un acte privé posé à n’importe quel âge à partir de l’âge plancher de 60 ans, l’âge légal n’étant que l’ouverture d’un droit que les intéressés peuvent ne pas exercer. Il faut le libre choix de l’âge de liquidation de la pension.

60 ans doit devenir un âge politique, comme 18 ans, âge de la majorité, en tant qu’institution salariale pragmatique, qui doit trouver sa solidité théorique pour s’imposer face à la réforme. 60 ans est un âge symbolique construit par la coïncidence de positions partagées entre employeurs et salariés, par des décisions politiques et des pratiques d’entreprise homogènes mais plus pragmatiques que normatives.

Plus de la moitié de ceux qui liquident leur pensions ne sont plus en emploi mais au chômage, en invalidité ou inactifs. Le pragmatisme qui a prévalu dans la constitution de cet âge symbolique va s’enrichir d’un fort contenu politique.

Les réformateurs disent qu’il faut laisser la place aux jeunes, que le travail est pénible, qu’il perd son sens, qu’il faut passer à autre chose et réaliser d’autres dimensions de soi, qu’il faut faire ce qu’on a envie, qu’il faut fuir ce travail mortifère, qu’il faut faire de l’humanitaire ou de l’exotique, qu’il faut un temps de loisir, d’inactivité, pour soutenir la demande de biens et de services et donc générer des emplois, que les retraités sont d’anciens travailleurs ayant besoin de revenus pour consommer, que la retraite est une période vide et donc sans importance, une fin de vie déshabillée de qualification, relevant d’une décision privée d’arbitrage entre durée dans l’emploi et niveau de revenu différé.

Le retraité a besoin d’un âge politique d’entrer en retraite s’il s’agit pour lui d’entrer avec sa qualification, comme salarié donc, non seulement dans une nouvelle période d’activité hors du marché du travail et de l’emploi, mais encore dans un laboratoire politique où il va expérimenter la possibilité de remplacer pour tous le travail mené sous le joug de la valeur travail par un travail qui en est libéré. Une telle responsabilité des retraités dans l’invention de chemins nouveaux pour le travail a besoin d’un dispositif politique pour pouvoir s’exercer, dont les droits liés à un âge politique sont un élément décisif.

Le droit à une seconde carrière, c’est-à-dire la définition d’un âge politique d’entrée en retraite, construit pragmatiquement comme toute institution sociale, peut trouver un autre fondement que la seule démonstration de l’efficience d’un travail libéré de la valeur travail, un fondement individuel, chacun ayant l’assurance qu’à 60 ans il pourra, s’il le souhaite, réorganiser sa vie d’acteur économique, s’arrêter, changer, explorer de nouvelles pistes d’actualisation de sa qualification, la nouveauté étant que ce droit est encouragé.

Ce droit à une seconde carrière peut trouver aussi un fondement social, pour éviter la gérontocratie, dans une organisation qui assure un progrès indéfini des qualifications personnelles, de telle façon que les qualifications prennent un nouveau cours, à distance et hors de toute responsabilité opérationnelle. Les retraités explorent alors d’autres voies pour le travail, auditionnent l’existant, transmettent leur expérience, systématisent les savoirs, veillent à une appréhension moins instrumentale de l’histoire et de l’international, la retraite restant un laboratoire d’expérimentation sociale ouvrant les possibles d’un nouvel avenir du travail.

  1. 21. Comment il faut lutter contre la réforme et les réformateurs, comment il faut sortir du capitalisme. L’aliénation, comme construction par soi-même de sa propre domination, comporte en particulier une contestation qui renforce cette domination en ne réclamant pas la qualification pour tous, le salaire pour tous. Par l’intermédiaire de ceux que nous avons élus, nous renonçons à toute intervention contre le capital et même nous essayons de plaire à ces marchés qui ont des effets si néfastes en leur sacrifiant des monceaux de monnaie qu’il nous faudra rembourser par l’austérité, nous compatissons pour les victimes en réclamant pour eux plus de protection, en nous faisant porte-parole des victimes, alors qu’il faut dénoncer la victimisation, l’exclusion du droit du travail, c’est-à-dire demander la qualification pour tous, le salaire pour tous. Nous dénonçons le faible niveau du RMI ou du minimum vieillesse, alors qu’il faut dénoncer l’existence de ces institutions. Nous réclamons non la hausse du taux des cotisations pour consolider le lien à la qualification, mais la taxation des revenus financiers, le changement de l’assiette des cotisations, la modulation du taux des cotisations, comme si la cotisation était l’ennemi de l’emploi. Nous demandons de sécuriser le revenu, l’emploi, les conditions de travail, alors qu’il faut réclamer le salaire à vie, c’est-à-dire la participation des producteurs à la définition des buts et des moyens de la production. En ce qui concerne les fonctionnaires, les médecins, les intermittents du spectacle, les parents et les retraités qui ont personnellement un grade, une qualification, les réformateurs essayent d’introduire partout la logique de l’emploi, avec l’employeur et la validation marchande. On ne peut défendre ces catégories qu’en demandant la reconnaissance de la qualification pour tous, la qualification pour tous, la distinction pour tous entre grade et poste, la maîtrise individuelle de la mobilité, l’absence de chômage, l’absence de contrat de travail, l’absence de marché du travail, une production enfin libérée de l’emploi et de la marchandise, pour tous un salaire à vie à la qualification personnelle qui transfère à la personne l’essentiel des droits liés à l’emploi, au statut ou au poste de travail, c’est-à-dire la qualification, le salaire, la protection sociale, la participation aux institutions représentatives. Pour réussir la révolution, les retraités, les fonctionnaires, les professionnels libéraux payés par le salaire socialisé, les intermittents du spectacle, les salariés pouvant donner libre cours à leur qualification dans les coopératives, les associations, doivent aider les travailleurs des entreprises capitalistes à marginaliser puis détruire la valeur travail de telle façon que tout travail soit l’expression des qualifications personnelles, tous les travailleurs accédant au statut de salariés, le travail ayant perdu son rôle aliénant de mesure de la valeur, le salariat déployant ses institutions. Le projet alternatif, clairement exprimé, est l’attribution à tous d’une qualification personnelle, attribution soutenue par les autres institutions salariales alternatives concernant l’investissement et la création monétaire, c’est-à-dire une cotisation économique pour financer l’investissement sans marché financier ni droit de propriété lucrative et une création monétaire anticipant la production à partir des qualifications personnelles et non des marchandises.

Anxieux de ne pas déplaire aux marchés, alors que nous souffrons de leurs effets désastreux, nous nous tournons éperdument vers eux, nous leur sacrifions des monceaux de monnaie dont nous savons que nous aurons à les rembourser par une austérité sinistre, comme si notre salut dépendait d’autant plus d’eux qu’ils nous piétinent, notre compassion pour les victimes étant à la mesure de notre fatalisme et de notre consentement au malheur, et nous réclamons pour les victimes une meilleure protection, nous inscrivant dans la dénonciation des conditions faites aux victimes avec les termes de travailleurs pauvres, de sans-papiers, de précaires, une victimisation construite par les dénonciateurs, si bien que cette lutte contre la précarité et la pauvreté ne fait que les entretenir, alors qu’au contraire il faut dénoncer l’assignation à la fonction sociale de pauvre ou de précaire et promouvoir, contre les institutions du capital, la qualification pour tous, le salaire pour tous.

Un gouvernement qui renonce à toute intervention contre le capital ne peut se légitimer que par la protection qu’il donne aux victimes.

L’opposant ne doit pas se poser en porte-parole des victimes mais dénoncer la victimisation qui dénie le droit commun du salaire à des groupes qui, de ce fait, n’ont plus droit qu’à la solidarité nationale, sinon il est à la remorque d’une réforme qu’il s’épuise à combattre en l’alimentant idéologiquement.

Il ne faut pas dénoncer le faible niveau des pensions sans combattre l’existence d’un tel minimum qui enferme la vie de travailleurs dans l’assistance payée par les autres travailleurs, déniant leur qualification, sinon on contribue à sa propre impuissance en rejoignant l’argumentaire de la réforme.

Alors que l’Unedic organise la solidarité salariale entre égaux par la socialisation du salaire, le RMI institue la solidarité nationale envers les pauvres. Les chômeurs indemnisés par l’Unedic sont des salariés. Ceux indemnisés par le RMI sont de la catégorie administrative disqualifiée de pauvreté.

Le capitalisme organise des revenus minimums contrôlés par l’État. Il aime les pauvres, mais il est l’ennemi de ceux qui refusent la violence sociale déclarant un groupe de pauvres, comme si chacun n’était pas porteur d’une capacité à créer de la richesse.

À partir du moment où quelqu’un est une victime, il n’a plus accès au droit du travail normal, il a droit à la solidarité nationale. La moitié des salariés sont victimisés. L’État intervient dans le financement et la définition des ressources de la moitié la moins payée de la population active comme État providence des travailleurs, niés comme salariés, contre l’État social, soutien de la socialisation des salaires.

Préconiser non la hausse des taux de cotisation mais la taxation des produits financiers, préconiser le changement de l’assiette des cotisations ou la modulation des taux de cotisation, c’est consentir à l’argument de la cotisation sociale ennemie de l’emploi, c’est fragiliser le lien à la qualification, c’est identifier la protection sociale à un revenu non à un salaire.

Il ne s’agit pas de sécuriser la condition des travailleurs, de sécuriser le revenu et l’emploi, car c’est intérioriser le fait que les travailleurs sont des mineurs sociaux, qu’ils sont récusés comme producteurs, qu’ils n’ont pas le droit à la direction de l’économie, que la nouvelle figure du travailleur n’est pas celle du salarié titulaire à 18 ans d’un salaire à la qualification à vie, trouvant des appuis institutionnels pour exercer sa qualification dans des collectifs de travail. Il faut la solidarité salariale, celle de la délibération politique dans l’attribution de la qualification à chacun et dans le souci de son exercice effectif, solidarité correspondant à la contribution à la production commune de producteurs posés comme tels et déployant leur qualification personnelle.

Les fonctionnaires, les professions financées par la socialisation du salaire, comme les médecins et les artistes, certains salariés à statut des entreprises publiques constituent une anticipation de la qualification personnelle.

Dans la fonction publique, c’est la personne et non le poste de travail qui est qualifiée. L’employeur direct d’un fonctionnaire dirige son travail sans avoir prise sur ses droits salariaux, sur son niveau de salaire, ses promotions, ses conditions de mobilité, sa couverture sociale, qui dépendent de son grade, non de son emploi. Il n’y a pas de chômeurs. La pension est la continuation du traitement, avec une indexation suivant le mouvement des salaires. Ce travail mené sans employeur et sans validation marchande est dénigré, le nouveau management public introduisant ces deux dimensions de l’employeur et de la validation marchande.

Cette réforme, qui met en question aussi bien la maîtrise par le fonctionnaire de sa mobilité que son salaire à vie, autrement dit qui met en question le fait que ce n’est pas l’emploi du fonctionnaire qui décide de ses droits mais sa qualification personnelle, on ne peut s’y opposer qu’en promouvant la qualification personnelle pour tous. On ne peut promouvoir les fonctionnaires qu’en étendant à tous les salariés la distinction entre grade et poste, la reconnaissance de la qualification, l’absence de chômage, la maîtrise individuelle de la mobilité, une production des biens et services libérée de l’emploi et de la marchandise.

Avec l’assurance-maladie, la majorité des soins de santé est produite sans marchandise, même s’il y a entrée d’une logique marchande avec des soins sources de profit. Les médecins payés par le salaire socialisé de l’assurance-maladie sont une anticipation de la qualification personnelle, puisqu’ils sont définis d’abord par le qualification et non par un emploi ou un contrat de travail. Ils sont salariés au sens théorique développé ici mais pas au sens juridique.

Les intermittents sont aussi une anticipation d’un salariat fondé sur la pleine qualification, non défini par un contrat de travail.

Le travail hors emploi des étudiants, travail actuel, peut être reconnu par du salaire. Les étudiants ne sont pas de futurs travailleurs auprès desquels on souscrirait des prêts.

Le travail sans emploi et sans marchandise des parents et des jeunes est reconnu par des allocations familiales.

La sécurisation des parcours professionnels laisse la portion congrue aux droits qui sont transférés de l’emploi vers la personne. Il s’agit des droits liés à une certaine sécurisation de la mobilité des travailleurs, compte épargne en matière de formation, de pension, de couverture santé, de droit au reclassement.

Par contre, le salaire à vie à la qualification personnelle transfère à la personne l’essentiel des droits aujourd’hui liés à l’emploi, au statut, au poste de travail, à savoir la qualification, qui ne peut être revue à la baisse à l’occasion d’un changement de poste, le salaire, qui ne peut être remis en cause, la participation à des institutions représentatives de salariés.

La pension est la poursuite du salaire.

Le salaire se continue entre deux emplois.

Le SMIC est attribué de 18 ans au premier emploi.

Une caisse des qualifications personnelles améliore la qualification personnelle selon le droit à la qualification, fait progresser le salaire, garantit la libre mobilité.

L’employé titulaire d’un emploi devient salarié titulaire d’une qualification.

L’action des retraités, des fonctionnaires, des professionnels libéraux payés par le salaire socialisé, des intermittents du spectacle, des salariés pouvant donner cours à leur qualification dans les coopératives, les associations, peuvent aider les travailleurs des entreprises capitalistes dans leur affrontement à la valeur travail de façon que cette valeur travail soit marginalisée, puis vaincue, tout travail étant alors l’expression des qualifications personnelles, tous les travailleurs accédant au statut de salariés, le travail ayant perdu son rôle aliénant de mesure de la valeur, le salariat déployant ses institutions.

Le droit à une seconde carrière, c’est-à-dire la définition d’un âge politique d’entrée en retraite, construit pragmatiquement comme toute institution sociale, peut trouver un autre fondement que la seule démonstration de l’efficience d’un travail libéré de la valeur travail, un fondement individuel, chacun ayant l’assurance qu’à 60 ans il pourra, s’il le souhaite, réorganiser sa vie d’acteur économique, s’arrêter, changer, explorer de nouvelles pistes d’actualisation de sa qualification, la nouveauté étant que ce droit est encouragé.

Ce droit à une seconde carrière peut trouver aussi un fondement social, pour éviter la gérontocratie, dans une organisation qui assure un progrès indéfini des qualifications personnelles, de telle façon que les qualifications prennent un nouveau cours, à distance et hors de toute responsabilité opérationnelle. Les retraités explorent alors d’autres voies pour le travail, auditionnent l’existant, transmettent leur expérience, systématisent les savoirs, veillent à une appréhension moins instrumentale de l’histoire et de l’international, la retraite restant un laboratoire d’expérimentation sociale ouvrant les possibles d’un nouvel avenir du travail.

Les retraités sont libérés de la valeur travail, institution centrale du capitalisme, libérés du marché du travail, donc de l’emploi, des employeurs et de la production de marchandises.

L’affrontement avec les réformateurs doit s’appuyer sur une démarche claire en faveur de la poursuite du mouvement de continuation du salaire dans la pension. Le projet alternatif est l’attribution à tous d’une qualification personnelle soutenue par les autres institutions salariales que sont la cotisation économique pour financer l’investissement sans marché financier ni droit de propriété lucrative, une création monétaire anticipant la production à partir des qualifications personnelles et non des marchandises.

  1. 22. Les deux régimes en répartition

Il y a deux formes antinomiques de régime en répartition, le régime salarial et le régime de la prévoyance.

Le régime salarial est porteur d’une qualification à chaque personne, avec poursuite indéfinie du salaire. Les retraités reçoivent un salaire à la qualification alors même qu’ils sont sans emploi, sans employeur, sans marché du travail. Le rapport à l’avenir ne repose sur aucun patrimoine fournissant un revenu alternatif à la rémunération de l’emploi, la distinction entre emploi et hors emploi, constitutive du binôme rémunération prévoyance, est dépassée dans le continuum  de la qualification. Le rapport au travail est libéré de la marchandise et de la valeur travail.

Le régime salarial de pension en répartition pose les personnes comme des salariés dotés d’une capacité à produire, ou bien en maintenant la qualification personnelle du fonctionnaire dans son traitement continué, ou bien en attribuant au retraité du privé la qualification moyenne de ses meilleurs emplois.

Le régime de la prévoyance suppose et conforte marché du travail, emploi, marchandise, subordination, propriété lucrative. Nié dans sa qualification de producteur, l’employable prévoyant est maintenu comme mineur économique à la merci d’un employeur qui le pose comme titulaire d’un gagne-pain. Il tire un revenu tout en se constituant des comptes épargne lui permettant de se relancer sur le marché du travail, donc d’entretenir son aliénation.

La prévoyance est ce qui reste quand on a déshabillé le salarié de l’essentiel, sa qualification.

La multiplication des comptes notionnels assurent une sécurité et une capacité à rebondir sur un marché du travail qui soupçonne une distance à l’emploi occupé.

La prévoyance est le pis aller d’un avenir rendu incertain par l’absence de qualification personnelle générant un droit au salaire à vie.

Le régime de prévoyance pose les personnes comme des employables dotés d’une capacité de gain en considérant la pension comme un revenu différé reposant sur des droits proportionnels aux cotisations de la carrière, avec un pouvoir d’achat garanti. Fondé sur un calcul individuel sans règles de compensation et tenant compte des périodes de très faibles salaires dans les carrières professionnelles, il laisse sans ressources suffisantes ceux qui n’ont pas pu se constituer un compte de cotisations suffisant, d’où la solidarité nationale finançant le minimum contributif garanti et des prestations non contributives.

Mais il s’agit d’une régression de la justice par rapport au salaire continué, puisque faire de ma pension la contrepartie du passé de mes cotisations, et donc de mon travail subordonné, et non de l’actualité de ma qualification, et donc de mon travail émancipé actuel, suppose et conforte le marché du travail, l’emploi, la marchandise, la subordination et la propriété lucrative, bref le passé capitaliste.

La contribution de chacun à ses ressources repose non sur la contributivité, c’est-à-dire sur la capacité à épargner une partie des gains acquis comme force de travail, mais sur la capacité à participer à la définition des objets d’un travail libéré de la marchandise et de la valeur travail, le rapport à l’avenir reposant sur l’entretien de la qualification et non sur un patrimoine susceptible de fournir un revenu alternatif à la rémunération des emplois.

Il s’agit d’une régression de la solidarité par rapport au salaire continué, puisque la disqualification des producteurs est naturalisée quand on les pose comme mineurs sociaux ne parvenant pas à conserver leur employabilité, victimes des suppressions d’emplois, des délocalisations, de la formation insuffisante, de la crise, pauvres, le seul acteur de la production étant l’actionnaire et le dirigeant de grand talent.

Sans déni du droit de la qualification au coeur du salaire, il n’y a pas de droit de la propriété lucrative ou de tyrannie de la valeur travail.

  1. 23. Historique de la retraite

La pension peut être considérée comme la continuation du salaire et, pour un fonctionnaire, comme un traitement continué.

Les premières retraites des fonctionnaires.

Selon une loi de 1853, les pensions des fonctionnaires sont acquises sous condition de durée de services, 30 ans, et sous condition d’âge, 60 ans. Les pensions sont calculées sur la base du salaire moyen des six dernières années d’activité, avec un taux de 2 % par année de service. Il n’y a ni cotisations, ni caisse. Le traitement est la reconnaissance de la qualification, non de l’emploi. La reconnaissance des droits des agents se fait sur la base de leur grade et non de leur poste. Le retraité n’a plus de poste, mais il conserve son grade, attaché à la personne, et donc le traitement lié au grade se poursuit. L’indexation des salaires de référence est résolue en réduisant la période du salaire de référence aux six dernières années ou aux six derniers mois. L’indexation des pensions suit le même mouvement que les points d’indices salariaux. La pension est un salaire continué, un salaire d’inactivité, un remplacement du meilleur salaire de la personne.

Un mixte entre capitalisation et répartition

La loi de 1850 crée une caisse nationale des retraites garantissant le rendement de l’épargne placée dans les caisses d’épargne en vue de la retraite.

La loi de 1930 distingue dans la cotisation vieillesse une part allant à des comptes individuels fonctionnant selon le principe de capitalisation et une petite part allant à une distribution immédiate d’allocations forfaitaires, cette dernière part étant nommée en 1941 allocation aux vieux travailleurs salariés.

Le régime de 1945, de type salarial ou bismarckien, à prestations définies

Dans le régime général de 1945, s’affirment des pensions en répartition calculées selon la règle : salaire de référence plafonné multiplié par le rapport des trimestres validés à la carrière complète, multiplié par le taux. Le taux plein de 0,5 % fait que la pension ne peut dépasser un demi plafond. C’est le cas d’un salarié à la carrière complète partant à 65 ans. Si l’âge de liquidation est de moins de 65 ans, il y a une décote de 10 % par an, avec l’âge plancher de 60 ans, correspondant donc à un taux de 0,25 %. Le mouvement des pensions est réglé par le plafond et le nombre de salaires pris en compte pour le salaire de référence, par la validation des trimestres, par la définition d’une carrière complète et par le taux. On a un modèle à prestations définies, la cotisation s’ajustant pour honorer la garantie d’un pourcentage du salaire.

Le modèle bismarckien, ou modèle salarial, est un système interprofessionnel à un étage, financé par cotisations assises sur le salaire, ce qui est dénoncé comme corporatiste.

Le modèle à deux étages, un étage universel et forfaitaire et un étage fonds de pension

Ce modèle est en concurrence avec le modèle beveridgien à deux étages, l’étage universel et forfaitaire, c’est-à-dire un service public de pension forfaitaire, et l’étage d’entreprise, la pension professionnelle, modèle promu comme démocratique et conduisant au fonds de pension.

Un système à cotisations définies, parallèlement un système financé par l’impôt, faisant de la protection sociale un service public

En 1956 est créé un fonds national de solidarité financé par l’impôt, premier pas vers une pension publique universelle.

En 1961, l’association des régimes de retraite complémentaire, l’ARRCO, crée des régimes paritaires professionnels concurrents du régime général, avec des pensions référées non au salaire mais aux points accumulés dans des comptes individuels. Ce régime joue sur la valeur d’achat du point lors de la transformation des cotisations individuelles en points et sur la valeur de service du point lors de la transformation des points accumulés en pension. C’est un régime à cotisations définies.

Du fait de l’augmentation des taux de cotisation, les pensions peuvent en définitive représenter un certain pourcentage des salaires.

En 1947, les cadres retraités ont une retraite fixée par la qualification de fin de carrière, sans tenir compte du fait qu’ils aient cotisés ou non.

En 1947, les cadres, dont le salaire excède le plafond, sont affiliés au régime général, et pour assurer le remplacement du salaire au-delà du plafond de cotisation, est créé un régime national en répartition permettant la reconstitution de carrière et donc des pensions de retraite complètes dès la création de ce régime national, l’association générale des institutions de retraite des cadres, l’AGIRC. Le taux de cotisation permet des pensions nées non de cotisations antérieures mais de reconstitution de carrière. Le mode de calcul étant le système des points, la reconstitution de carrière établit les comptes individuels qu’auraient eu les cadres partant à la retraite s’ils avaient cotisé. Cette pension des cadres est une reconnaissance de la carrière des intéressés, donc de leur qualification et de leur salaire, et non la contrepartie de cotisations, inexistantes. Cette pension des cadres a donc un caractère salarial.

Elle est concédée aux seuls cadres et refusée aux ouvriers et employés du régime général, pour lesquels aucune reconstitution de carrière n’est concédée.

Cette pension des cadres est la poursuite de la qualification professionnelle et du salaire. Mais le mode de calcul par points accumulés dans des comptes individuels fait comme si la pension était le revenu différé de cotisations préalables, le critère étant non le taux de remplacement du salaire par la pension, c’est-à-dire première pension nette/ dernier salaire net, mais le taux de rendement des points accumulés, c’est-à-dire pension/ cotisations.

Le basculement du côté de la logique de la répartition de la fraction la plus qualifiée des travailleurs, jusqu’ici très liée à la capitalisation, donne une grande légitimité à la pension de sécurité sociale et rend inutiles les régimes professionnels, l’épargne lucrative, mais aussi l’impôt, qui transformerait la sécurité sociale en service public.

Dernières améliorations du système de protection sociale

L’ordonnance de 1982 rend possible sans décote la liquidation de la retraite à 60 ans pour les salariés ayant une carrière complète, c’est-à-dire ayant validé 150 trimestres, c’est-à-dire 37,5 années . Elle transforme en retraités les chômeurs de plus de 60 ans qui bénéficiaient de 70 % de leur salaire brut versé par l’Unedic entre 60 et 65 ans.

La mensualisation des versements est instituée en 1986.

Les salaires supérieurs à quatre fois le plafond sont assujettis à l’Agirc à 1988.

Les taux de cotisation à l’Arrco et à l’Agirc sont améliorés en 1993-94.

Sur 14 millions de retraités, plusieurs millions font l’expérience heureuse du salaire continué, irréversible, acquis pour la vie. Un trimestre est validé lorsque le salaire est 200 heures de SMIC, soit 16 heures par semaine, l’éducation des enfants valide des trimestres sans qu’il y ait cotisation, les périodes indemnisées de chômage, d’arrêt maladie, de maternité ou d’invalidité donne lieu à cotisations par l’organisme versant les prestations, elles sont ainsi validées sans qu’il y ait eu cotisations par le bénéficiaire des prestations.

  1. 24. Historique de la contre-réforme.

L’indexation sur les prix et non sur le salaire

Philippe Séguin, ministre de Chirac, sous la présidence de Mitterrand, en 1987, indexe les pensions du régime général sur les prix et non sur les salaires. Or, les salaires, depuis 1978, augmentent de 0,5 % par an en moyenne plus vite que les prix. De plus, les salaires antérieurs à 1978 pris en compte au moment de la liquidation augmentaient depuis 1967 de 4 % plus vite que les prix, davantage encore avant. L’indexation sur les prix vaut non seulement pour les pensions en cours mais aussi pour le calcul des pensions au moment de la liquidation.

Il s’agit d’une mesure réglementaire qui est transformée en 1993 par Balladur en loi pour cinq ans. En 1998, Jospin pérennise la loi. L’indexation des pensions du privé sur les prix est ainsi réalisée. En 2003, Raffarin étend cette indexation au public et en 2008, Sarkozy étend cette indexation aux régimes spéciaux.

Le « problème » des retraites, selon Rocard : extension de la période du salaire de référence, allongement de la durée d’une carrière complète

Il y aurait un problème des retraites. Il faudrait sauver les retraites par le gel du taux des cotisations patronales comme on sauve l’hôpital par les fermetures et les suppressions de postes, comme on sauve les emplois en licenciant et en réduisant les salaires, mais on sauve les banques et les actionnaires par de l’argent public.

En 1991 avec Rocard et en 1992 avec Bérégovoy, ce sont les projets d’extension de la période du salaire de référence et d’allongement de la durée d’une carrière complète, projets réalisés par Balladur en 1993 et par Raffarin en 2003.

Le projet Juppé de réforme des régimes spéciaux de 1995 est réalisé par Fillon Sarkozy en 2008.

Introduction des fonds de pension, de l’épargne salariale, de l’épargne retraite

En 1995, Juppé fait voter une loi sur les fonds de pension que Jospin abroge et remplace par un fonds de réserve et par une formule d’épargne salariale qui servira de matrice à l’épargne-retraite que met en place Raffarin, avec en prime un fonds de pension obligatoire dans la fonction publique.

Les travailleurs à carrière longue

Jospin refuse à ses alliés communistes une loi rendant possible la retraite pleine avant 60 ans pour les travailleurs à carrière longue.

Jospin n’a pas le temps de mener à bien la réforme du régime des fonctionnaires que Raffarin Fillon négocieront avec la CFDT en 2003 contre la retraite avant 60 ans pour les travailleurs ayant cotisé 40 ans.

L’élaboration continuée de la réforme

Jospin installe en 2001 un Conseil d’orientation des retraites, qui produit depuis le référentiel consensuel de la réforme.

  1. 25. Caractéristiques de la réforme et de ses projets.

Le gel des cotisations patronales

La réforme, c’est d’abord le gel des taux des cotisations assises sur le salaire. Il y a même des exonérations pour les employeurs de salariés à -1,6 fois le SMIC. Ce recul de la cotisation patronale concerne la moitié des salaires. C’est un assèchement planifié des ressources salariales du système des retraites.

La non croissance du pouvoir d’achat des salaires, les gains de productivité étant accaparés par le profit

La réforme, c’est aussi une croissance du pouvoir d’achat des salaires qui n’est plus celle de la productivité, et cela depuis 1978. Les gains de productivité sont accaparés par le profit.

L’indexation sur les prix

La réforme, c’est l’indexation des pensions non sur les salaires mais sur les prix, ce qui éloigne le montant des pensions déjà liquidées de celui des salaires et réduit le montant de la pension au moment de la liquidation.

Le recul de l’âge de liquidation de la retraite par l’augmentation de la durée de cotisation pour une carrière complète et par les techniques de décote surcote

La réforme, c’est la tentative de reculer l’âge de liquidation de la retraite par l’augmentation de la durée de cotisation pour une carrière complète et par des techniques de décote surcote.

Délier la pension du salaire pour que la pension soit considérée comme une épargne retraite, un revenu différé ou une allocation tutélaire, pour que le travail subordonné soit considéré comme la seule source du statut social, pour que l’on considère que le travail libéré de la valeur travail ne peut être payé, que le salaire ne concerne que le travail sous le joug de la valeur travail

La réforme, c’est donc un coup d’arrêt quantitatif au mouvement de continuation du salaire dans la pension et une tentative de délier la pension du salaire, pour que la pension ne soit plus un salaire continué et pour lier la pension à l’épargne retraite, au revenu différé ou à l’allocation tutélaire.

Le revenu différé, avec stricte égalité entre les cotisations et les prestations, calculées en fonction de l’espérance de vie

Dans le revenu différé, la somme des pensions doit correspondre à la somme des cotisations passées de l’intéressé. Il y a un report de l’usage d’une part non consommée du salaire, selon une estimation actuarielle de l’espérance de vie de sa cohorte à l’âge où il prend sa retraite, c’est le mode de calcul des pensions selon la neutralité actuarielle individuelle.

Le travail subordonné est légitimé comme seul fondement du statut social.

Toute augmentation de l’espérance de vie se traduit par une baisse automatique des pensions. Cela pousse à prolonger indéfiniment la durée du travail subordonné.

Les actifs et les retraités sont dans l’illusion que c’est une part de la valeur attribuée à leur travail comme actifs qui fonde leur pension comme retraités, dans l’illusion que le travail libéré de la valeur travail ne peut être payé, que seul le travail subordonné mesuré de façon stricte mérite monnaie.

La montée de la contributivité de faible à forte, c’est-à-dire la tendance vers 1 du rapport entre les cotisations et les prestations, est un élément essentiel de la réforme. La pension ne continue donc pas les meilleurs salaires, la moyenne des six derniers mois ou des 10 meilleures années, avec une compensation pour les femmes ayant élevé des enfants et pour les retards de carrière. La pension devient la contrepartie des seules cotisations de toute la carrière. La pension est réservée à ce qui a fait l’objet d’une cotisation.

Le passage aux 25 meilleures années commence à faire de la pension la contrepartie des années cotisées. Seuls les trimestres cotisés donnent droit à pension. L’année validée pour un enfant élevé est supprimée.

Le complément de l’allocation tutélaire aux victimisés non ou peu employables, assistés ou pauvres à qui on dénie toute qualification, mais attribution à condition d’activité, pour entretenir le marché du travail et la subordination

Dans l’allocation tutélaire, un supplément de pension est attribué sous condition de ressources ou d’activité longue à d’anciens actifs faiblement payés et qui étaient justiciables, eux ou leurs employeurs, de subventions de leur salaire, pension qui entretient le marché du travail et la subordination capitaliste, puisqu’elle garantit un revenu minimal sous condition d’activité, revenu maintenant en situation d’offreur de travail ceux que des salaires faibles écarteraient du marché du travail, puisque cette pension repose sur la victimisation de groupes de salariés cantonnés dans un fragile droit de solidarité nationale, d’où la dénomination de « tutélaire », l’accès aux attributs positifs de la qualification leur étant refusé, ce qui les constituent comme des victimes de la mondialisation, faiblement employables, sans qualification, sans expérience, sans ressources suffisantes.

C’est la pension forfaitaire garantie du minimum contributif de 1983.

Le salaire, c’est pour la subordination, pour le travail sous le joug de la valeur travail.

La rente de l’épargne financière ou de l’épargne notionnelle

Les pensionnés sont soit des rentiers, la rente étant celle d’une épargne financière dans des fonds de placement ou celle d’une épargne notionnelle dans des comptes de points, soit des assistés, avec l’allocation tutélaire.

La retraite comme loisir bien mérité d’inactifs utiles, sympathiques, auteurs d’activités ne relevant pas du travail et donc de la valorisation monétaire, tirant leurs revenus de leur prévoyance après une longue vie de labeur

Pour les réformateurs, les retraités ne travaillent pas. Ils ont gagné un loisir bien mérité après une longue vie de labeur.

La réforme obscurcit et ralentit la construction du statut des retraités comme salariés payés par un salaire pour mettre en oeuvre leur qualification sans la tyrannie de la valeur travail, les maintenant dans un statut d’inactifs tirant un revenu de leur prévoyance, un statut défini négativement, hors emploi, avec des activités utiles, sympathiques, mais qui ne sont pas du travail, qui ne relèvent pas d’une valorisation monétaire réservée aux seuls travaux menés sous la loi de la valeur travail.

La réforme des retraites vise le statut des salariés, renvoyés au statut de forces de travail, c’est-à-dire de mineurs sociaux dotés d’un gagne-pain leur permettant de se constituer des comptes d’épargne pour faire face aux temps hors emploi

La réforme met en cause le statut du travail et des salariés, pas seulement les pensions.

La réforme fait régresser le statut de ceux qui sont en emploi, alors que progressait une logique salariale de reconnaissance de leur qualification. Ils sont renvoyés à leur statut de force de travail, de mineurs sociaux dotés d’un gagne-pain leur permettant de se constituer des comptes d’épargne retraite, santé, formation, pour faire face aux aléas de la carrière et aux temps hors emploi.

L’équité, avec la « contributivité » individuelle sans compensation égalisatrice comme idéal de justice, est une renonciation à l’égalité

La contributivité est présentée comme un idéal de justice par des réformateurs partisans de l’équité. Elle baisse le niveau des pensions sauf si le salaire reste plat.

Elle crée des inégalités, les règles de compensation égalisatrices entre assurés disparaissant, le non-contributif étant stigmatisé, non légitimé, victimisé.

L’équité est la renonciation à l’égalité.

La réforme baisse des pensions et les rend plus inégales.

Ce qu’on appelle un revenu différé peut être un système de répartition

Un revenu différé, c’est une cotisation dont le taux est stabilisé et qui fonde en répartition, selon un calcul contributif, une pension dont le pouvoir d’achat est garanti par son indexation sur les prix. Si les pensions sont calculées comme strict différé des cotisations passées, les cotisations de l’année financent encore les pensions de l’année sans aucune épargne.

En Angleterre, la pension publique est insuffisante pour dissuader les travailleurs de se réfugier dans la propriété de logement ou dans des formes d’épargne peu liées aux marchés financiers

En Angleterre, la pension publique, forfaitaire, versée à partir de 65 ans, est faible.

La pension crédit, allocation sous condition de ressources pour les plus de 60 ans, est supérieure, mais encore faible.

Ces deux pensions n’offrent pas un horizon ni une sécurité suffisante pour les travailleurs pour les dissuader de se réfugier dans la propriété du logement ou dans des formes d’épargne peu liées aux marchés financiers. Pour que les travailleurs osent fréquenter les marchés, il faut une pension publique garantie suffisante.

En Suède, le pilier professionnel des fonds de pension est soutenu par un pilier public suffisamment important pour que les travailleurs s’associent aux marchés de capitaux, avec une cotisation en répartition à 16 % du salaire, taux fixe, puisque les retraités en augmentation ne créent pas de richesse, avec une apparence d’épargne salariale obligatoire donnant droit à un revenu différé, sous forme de comptes notionnels avec indexation modulable et calcul de l’espérance de vie de la cohorte, assurant l’équité, la contributivité, la justice, à défaut d’égalité. La cotisation est présentée comme une prévoyance individuelle obligatoire générant un capital notionnel, le critère décisif étant alors le taux de rendement de la cotisation, taux garanti par l’État à travers l’indexation annuelle. Les cotisations individuelles génèrent des stocks individuels comptabilisés comme des actifs des ménages, inscrits dans un patrimoine collectif, appelant en contrepartie comptable une dette du régime. L’âge légal est abandonné.

L’étage public du système suédois est financé par une cotisation partagée entre employeurs et salariés, cotisation gelée à 18,5 % des salaires, avec un plafond de cotisation de 1,5 fois le salaire moyen. Ces 18,5 % financent une retraite en répartition fondée sur l’identité individuelle entre les cotisations accumulées au cours de la vie active et la somme des pensions versées au cours de la retraite, ainsi qu’une pension publique obligatoire en capitalisation gérée par un fonds de pension labellisé par l’État.

Pour ce qui concerne la retraite en répartition, chaque travailleur accumule fictivement ses cotisations sur un compte notionnel, fictivement car ce cumul ne donne pas lieu à épargne, les cotisations de l’année finançant les pensions de l’année, compte actualisé chaque année par une indexation théoriquement fondée sur l’évolution des salaires, mais modulable en fonction des exigences d’équilibre d’un régime dont le financement est lié définitivement à 16 % du salaire. La pension annuelle d’un retraité est calculée en divisant la somme actualisée des cotisations versées par l’espérance de vie de sa cohorte. Plus l’espérance de vie croît, plus le système crée une forte incitation à prolonger la période d’activité.

Chaque contributeur reçoit chaque an un état de ses contributions, fait des cotisations accumulées constituant son stock de capital, auquel s’ajoute une indexation évaluant les intérêts gagnés. On est dans le registre de l’épargne retraite, les contributeurs possédant un actif financier qu’ils liquident à un âge choisi par eux. À cette « épargne » des ménages, correspond une « dette » du régime des pensions, environ 150 % du PIB. Ça ressemble, par l’enregistrement comptable, à un système d’épargne retraite, mais c’est un régime en répartition, sans épargne financière.

Un projet des réformateurs français s’inspire de l’exemple suédois, avec un taux de cotisation fixe plus élevé, une indexation améliorée sur les prix, un calcul de la contributivité tenant compte de l’espérance de vie de la catégorie socioprofessionnelle

Les réformateurs français proposent un système où, à chaque actif, il faudrait attribuer un compte cumulant ses cotisations.

Le taux de cotisation serait 25 % du salaire brut ou du revenu brut, le plafond de cotisation étant deux fois le salaire moyen brut.

Les cotisations sont indexées sur la hausse des prix plus 2 %.

La liquidation du compte en pension viagère peut être partielle avec possibilité de cumuler pension et emploi. Elle se fait par la division du compte par l’espérance de vie de la catégorie socioprofessionnelle.

Chaque génération et chacun dans sa génération récupère sa mise. C’est l’équité.

La sécurité du taux de rendement de la prévoyance est assurée.

Le consentement est assuré si on voit les cotisations non comme un impôt supplémentaire mais comme une épargne obligatoire garantie par l’État, donnant droit à un revenu différé.

Le salaire comme référence de la pension est exclu. La cotisation sociale n’est plus un élément du salaire à la qualification permettant de continuer le salaire pendant la retraite et dont le taux grandit au fur et à mesure que la part des retraités dans l’ensemble des salariés grandit, son taux est fixé définitivement, car la cotisation n’a rien à voir avec la reconnaissance d’une quelconque richesse créée par les retraités.

La cotisation est une prévoyance individuelle obligatoire n’assurant pas un taux de remplacement du salaire mais générant un capital notionnel qui sera converti en rente viagère, le critère décisif étant alors le taux de rendement de la cotisation, taux garanti par l’État à travers l’indexation annuelle.

Les cotisations annuelles génèrent le flux des pensions annuelles, mais à travers des stocks individuels comptabilisés comme des actifs des ménages, appelant en contrepartie comptable une dette du régime. Le salarié ne reconnaît plus, par la médiation de la qualification, le flux de la création de richesses. Dans la technique de la répartition, le salaire est remplacé par la prévoyance.

La justice n’est plus le salaire à la qualification mais la contrepartie stricte de tout revenu à un travail subordonné.

Sur la part de la rémunération dédiée à la prévoyance, le rendement garanti par l’État remplace la sécurité et la lisibilité données par la référence au salaire, comme au XIXe siècle où le prix de la force de travail était assorti d’une caisse nationale de prévoyance vieillesse au taux d’intérêt garanti.

Les pensions relèvent de deux piliers, un premier pilier qui assure une pension publique en répartition selon les règles définies par l’État, un pilier public obligatoire en répartition, sur un mode strictement contributif, assorti d’un minimum vieillesse de bon niveau, pilier public assurant un revenu différé, certes insuffisant mais assez élevé et sûr pour que, sur cette base, les travailleurs les plus payés s’associent à la logique du marché des capitaux, et un pilier qui assure des pensions professionnelles en capitalisation par mise en concurrence d’institutions financières sur le marché européen des pensions. Le public de la prévoyance garanti en répartition est la condition d’existence du privé de la capitalisation.

En résumé, les cotisations sont inscrites dans des comptes individuels, eux-mêmes inscrits dans un patrimoine lucratif, une créance sur les régimes. L’objectif gestionnaire est déplacé du taux de remplacement du meilleur salaire vers le taux de rendement des cotisations.

La distinction entre part contributive et part non contributive vise à durcir le contributif en passant de la carrière validée à la carrière cotisée, excluant les temps d’indemnisation maladie, maternité, chômage, invalidité et les bonifications pour enfants, c’est-à-dire les « charges indues ». La neutralité actuarielle individuelle, c’est-à-dire l’équité intragénérationnelle, invite à référer la pension à l’ensemble de la vie active.

Le taux de cotisation est stabilisé, puisqu’il s’agit de fournir une base suffisante à un revenu différé garanti, et non de prolonger le salaire.

L’âge légal est abandonné, sauf comme âge plancher, au bénéfice de la liberté de choisir le moment de liquidation de son épargne, notionnelle ou financière, en rente viagère.

La distinction entre pension publique et pension professionnelle est instituée pour permettre la capitalisation, la pension publique étant cantonnée dans le rôle de revenu garanti.

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