Nous qui sommes révoltés par la banalisation du racisme dans les débats pseudo démocratiques qui constituent le quotidien de notre vie politique, révoltés par la paranoïa sécuritaire, par les camps de rétention, la course aux armements et les agressions impérialistes, nous ne pouvons qu’être intéressés par le film de Clint Eastwood qui nous raconte l’histoire de la lutte de Mandela pour contribuer à sortir le peuple d’Afrique du Sud de l’apartheid que l’extrême droite raciste a installé. Le choix d’une politique de réconciliation que Mandela développe, y compris en prison, dans un climat, fabriqué politiquement, de haine entre les communautés, n’est malheureusement pas toujours compris par son entourage politique.
À son arrivée à la présidence de la République, Mandela ne licencie personne, les proches de Mandela et l’ancien personnel doivent comprendre le caractère artificiel de leurs oppositions. Mandela se promène en ville ou entre dans un stade sans crainte, refusant le climat de peur, liant des amitiés. Mandela se préoccupe de la situation de famille d’un de ses anciens gardiens de prison.
L’apartheid s’exprimant dans la pratique sportive par une séparation raciste entre le rugby, sport des Blancs, et le football, sport des Noirs, Mandela considère que la réconciliation politique passe aussi par la réconciliation dans le sport, cette option politique étant particulièrement pertinente dans la mesure où le sport est une activité collective très populaire et très médiatisée. Seul contre tous ses partisans, Mandela demande à ce que l’équipe nationale de rugby, autrefois symbole de l’apartheid, continue à s’appeler l’équipe des Springboks. Dans le cadre de la préparation du mondial de rugby, il invite à la présidence le capitaine de l’équipe et il se rend aux séances d’entraînement. Les Springboks acceptent de faire de l’animation sportive dans les ghettos noirs et intègrent un joueur noir. La victoire des Springboks devient l’espoir des Blancs comme des Noirs. Les opinions et les attitudes racistes, par la médiation du sport, se transforment en attitudes de compréhension et de confiance. La domestique noire devient l’amie de la famille. Blancs et Noirs fraternisent en écoutant la finale du mondial.
On se prend à rêver que ces expériences de fraternité constituent l’amorce d’une union contre la domination abstraite du profit et de la concurrence, domination qui n’existe que grâce à la division communautariste ou à la division politique.
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