Lecture de Fabrice Clément

Fabrice Clément : les mécanismes de la crédulité.

L’esprit comme phénomène naturel

Nous admettons que les entités qui composent l’ameublement du monde sont définissables par les sciences de la nature. L’avantage d’étudier les processus mentaux dans un cadre naturaliste, c’est-à-dire de considérer l’esprit comme un phénomène naturel, est de pouvoir utiliser l’outil conceptuel de la théorie de l’évolution. Les capacités du cerveau sont des adaptations à des situations régulièrement rencontrées dans le passé évolutionnaire de l’espèce. Si des êtres vivants sont capables de croire et de désirer, c’est parce que de telles capacités et les dispositifs cérébraux qui l’incarnent ont, à l’échelle de l’évolution biologique, contribué à leur succès reproductif. Les mécanismes cérébraux capables de détecter certaines informations environnementales importantes pour la survie de l’organisme ont été favorisés par la sélection naturelle.

Les représentations

Le système sensoriel est calibré de manière à ce qui se passe à l’intérieur dépende de ce qui se passe à l’extérieur. Des cellules neuronales et leur organisation sont sélectionnées car elles sont capables de représenter certains traits de l’environnement. Les croyances, type particulier de représentations, prennent en charge des contenus informationnels qui font l’objet d’abstractions, d’extractions et d’éliminations sélectives. Les croyances permettent de réguler l’action et de tisser des chaînes inférentielles. Elles sont des représentations tenues pour vraies par l’organisme.

Les croyances et leur mode d’acquisition

Nous acquérons de nouvelles croyances au moyen de divers canaux sensoriels, au moyen d’inférences et au moyen de la communication. Étant donné la fiabilité des dispositifs sensoriels, une chose vue est crue. La force de persuasion du canal sensoriel est irrésistible. Les inférences, quant à elles, permettent d’accroître le stock de croyances. Avec la communication, nous profitons des informations détenues par nos semblables.

La crédulité est justement la disposition à tenir pour vraie une proposition communiquée par autrui sans soumettre la véridicité de l’information transmise à une procédure d’évaluation rationnelle.

Le tri des informations

Les chances pour qu’un individu adopte un comportement adéquat dépendent pour une part du nombre d’informations en sa possession. Les témoignages d’autrui sont précieux, puisqu’ils augmentent le stock d’informations. Mais il y a des tricheurs qui, en manipulant les échanges communicationnels, essayent d’obtenir des avantages en profitant de la crédulité d’autrui. Nous devons donc trier entre les informations celles qui sont fiables. Nous devons aussi trier parmi les émetteurs ceux en qui on peut avoir confiance. L’évaluation des compétences de l’émetteur ne peut être systématique, pour des raisons d’économie cognitive et de temps. La vérification ne peut être garantie, puisqu’on ne peut percevoir littéralement les intentions d’autrui.

Système émotionnel et système cognitif

Le système cognitif est postérieur à l’apparition du système des émotions, qui couple le plaisir avec ce qui est favorable à la survie et le déplaisir avec la rencontre de dangers potentiels.

L’acteur parfaitement rationnel

Nous ne sommes pas toujours des acteurs rationnels, des scientifiques naïfs mettant en oeuvre des raisonnements suivant des règles logiques ou stochastiques.

Les heuristiques

Nous recourons à un nombre limité de principes heuristiques pouvant quelquefois conduire à des erreurs systématiques, les constituant ainsi comme des illusions cognitives, des illusions froides, qui ne sont pas dues aux émotions. Nous recourons à l’heuristique de représentativité quand nous disons que telle personne ou telle chose appartient à telle catégorie, quand nous disons que tel événement va se produire, quand nous attribuons les mêmes caractéristiques à une population qu’à un de ses échantillons. Nous recourons à l’heuristique de disponibilité quand nous déduisons la probabilité d’un événement en se fondant sur la facilité avec laquelle des exemples nous viennent à l’esprit, quand nous surestimons par exemple le nombre de personnes ayant notre condition, quand nous attribuons à une population les propriétés qui viennent le plus facilement à l’esprit. L’heuristique de reconnaissance divise entre ce qui est nouveau et ce qui a déjà été rencontré dans le passé et elle affirme que ce qui est reconnu à une valeur plus grande.

Les représentations schématiques, les stéréotypes, les scénarios

Nous recourons systématiquement et automatiquement à des structures de connaissances générales sur les objets, sur les personnes et les événements, qui ne tiennent pas compte de manière équitable de toutes les informations disponibles. Quand il s’agit des personnes, nous utilisons les stéréotypes, schémas de personnes : un personnage bien habillé et au verbe habile fait oublier son discours xénophobe. Quand il s’agit d’événements, nous utilisons des scénarios, des scripts, schémas d’événements.

Des corrélations illusoires

Nous établissons aussi des corrélations illusoires en se fondant sur une idée préconçue que l’on cherche à justifier.

Les raccourcis cognitifs

Les raccourcit cognitifs ignorent les données pertinentes, les inférences correctes ou le test des hypothèses.

La sélection n’est qu’un des facteurs de l’évolution naturelle.

La sélection favorise, à chaque génération, certaines structures génétiques au détriment d’autres, et conduit à l’émergence de génotypes munis d’une grande efficacité reproductrice. Les mutations, les migrations et la dérive génétique installent des gènes qui ne contribuent pas forcément au succès reproductif des individus. De plus, un avantage peut être indissociable d’un inconvénient. Par conséquent, la réponse de la nature n’est pas optimale.

Stratégie prudente et stratégie optimale

Les stratégies d’inférences visant à générer des vérités et éviter des erreurs sont peu économiques. Elles exigent du temps, des efforts et un appareil mental considérables. Le meilleur niveau d’adaptation est produit par la stratégie d’inférences qui entraîne les conséquences les moins graves. Cette stratégie prudente est loin d’être la stratégie optimale du point de vue de la vérité des croyances. La sélection ne se soucie pas de la vérité. Elle se soucie seulement du succès reproductif. Seuls importent les conséquences qu’un système de croyances est susceptible d’entraîner.

L’adaptation

Les adaptations sont des mécanismes pour résoudre les problèmes posés par les régularités des environnements. Le cerveau régule de manière adaptative le comportement sur la base d’informations venant du corps et d’informations venant de l’environnement. Les adaptations cognitives reflètent dans une certaine mesure la structure du monde. Les mécanismes inférentiels spécialisés n’ont pu être élaborés qu’en fonction de problèmes adaptatifs régulièrement rencontrés dans l’environnement. Ces heuristiques frugales sont écologiquement rationnelles dans la mesure où elles exploitent les structures récurrentes de l’environnement. Ces micro mécanismes inférentiels ne conduisent pas partout à des croyances vraies, mais ils permettent au système cognitif de faire face de manière optimale aux contraintes.

La sélection favorise les mécanismes psychologiques spécialisés

Les mécanismes psychologiques sont des solutions à des problèmes concernant le traitement d’informations. Lorsque deux problèmes adaptatifs ont des solutions incompatibles, une solution généraliste est inférieure à deux solutions spécialisées. La sélection favorise les mécanismes psychologiques spécialisés dans la résolution de problèmes spécifiques.

Ces mécanismes spécialisés utilisent des procédures inférentielles diverses, des algorithmes particuliers avec des inductions qui effectuent des classifications, des estimations et des inférences diverses.

Ces algorithmes sont sensibles à des indices et déclenchent l’activation de modules liés à un domaine particulier et à un format informationnel donné. (En ce qui concerne le format, l’esprit travaille non avec des probabilités ou des pourcentages, mais avec des fréquences naturelles. L’organisme effectue une sorte d’échantillonnage naturel des différents indices susceptibles de fournir des données vitales. Cet échantillonnage n’équivaut pas à une expérimentation systématique. La fréquence des événements est sans cesse remise à jour en fonction des événements).

Plutôt que de privilégier une raison universelle généraliste, l’évolution sélectionne des heuristiques spécialisées dans la résolution de problèmes spécifiques. Des stratégies simples s’avèrent meilleures que des stratégies inférentielles complexes, surtout lorsque le temps et les informations à disposition sont rares.

La modularité des différents mécanismes inférentiels, si elle avantage de la rapidité et de la frugalité, risque d’entraîner de nombreuses erreurs, car les algorithmes peuvent se déclencher mal à propos.

La conscience et la capacité métareprésentationnelle

L’esprit est le résultat de la mise en commun des mécanismes spécialisés, permettant un élargissement des compétences et la résolution d’un ensemble de plus en plus important de problèmes.

La conscience est sélectionnée pour intégrer, coordonner et contrôler les sorties provenant des processus modulaires.

Il s’agit de l’aptitude à former des représentations mentales qui portent sur ses propres représentations mentales, la capacité métareprésentationnelle. En entretenant des pensées d’un ordre supérieur, la conscience permet d’appréhender, de décrire et d’interpréter ses propres activités cognitives. Elle rend le comportement flexible, puisque la prise en compte des solutions proposées par les divers modules cognitifs ne débouche pas automatiquement sur un comportement.

Lorsqu’un individu rencontre une situation nouvelle ou que la solution élaborée par les systèmes modulaires paraît peu appropriée, une sonnette d’alarme entraîne l’activation du système attentionnel et la formation d’une représentation consciente de la situation en cours, ce qui permet une meilleure prise en compte des objectifs poursuivis et des moyens mis en oeuvre pour les atteindre.

Par exemple, on simule divers cours d’action et on compare mentalement le résultat afin de choisir le comportement le plus bénéfique, ou bien on convoque diverses croyances, on s’aperçoit de leur caractère contradictoire et de leurs conséquences.

Les impossibilités où les incompatibilités des processus inférentiels distincts de nature modulaire peuvent être mises à jour.

Le langage et la communication

L’action correctrice de ces mécanismes de vérification et de coordination est renforcée par la communication langagière, qui pousse souvent à expliciter ses actions, à justifier les croyances. Les inférences menées en situation sont ainsi décontextualisées. Puisqu’on se représente les divers résultats des inférences passées, on élimine ou limite l’usage de celles qui ont été les moins favorables à nos intérêts.

L’écriture

L’écriture permet de représenter et de se représenter un nombre plus grand de stratégies inférentielles et d’en étudier plus aisément les conséquences.

Les normes rationnelles

Le fait que l’activité critique se déroule à plusieurs favorise la confrontation des procédures inférentielles. Les inférences les plus solides résistent aux arguments visant à les mettre en défaut et donnent éventuellement lieu à un enseignement structuré. L’ensemble plus ou moins systématisé des règles logiques qui émerge au cours de cette compétition correspond à ce qu’il convient de faire, dans les diverses situations, pour aboutir à un raisonnement correct. Cet ensemble peut être considéré comme un modèle, une norme, permettant de statuer sur la valeur des inférences particulières.

Si les comportements sont souvent gouvernés par des mécanismes inférentiels de type modulaire, il n’en demeure donc pas moins qu’ils peuvent être jugés à l’aune des normes rationnelles. Ces normes sont moins un héritage phylogénétique qu’un héritage ontogénétique et historique, constituant comme une seconde nature. L’individu apprend à respecter ces normes en prenant conscience de ses erreurs et en profitant des découvertes des sages de sa culture.

L’explicitation des raisons pour lesquelles une croyance ou un comportement sont adoptés favorise l’émergence de normes de rationalité que les gens se sentent tenus de respecter. Ce type de contraintes et mis en évidence quand on remarque que rares sont ceux qui aiment à se faire accuser d’irrationalité.

La rationalité minimale

Il existe des conditions de rationalité minimale. Un acteur social ne peut pas inférer toutes les conséquences logiques de ses croyances. Il n’est pas parfaitement consistant. Tout cela exigerait une mémoire, un temps et une énergie infinis. Outre qu’on ne voit pas à quoi cela pourrait servir, on ne tient pas compte du fait que la mémoire est organisée en sous-ensembles, en réseaux indépendants, si bien que les croyances d’un réseau ne sont pas systématiquement mises en relation avec tout le contenu de la mémoire.

Les conditions de rationalité minimale comprennent une condition de rationalité générale minimale, si bien que si un acteur possède des croyances et des désirs, il entreprend certaines mais pas toutes les actions appropriées, une condition d’inférence minimale, de façon que si l’acteur possède des croyances et des désirs, il fera certaines mais pas toutes les inférences valides et appropriées, et enfin une condition de consistance minimale, selon laquelle si l’acteur a des croyances et des désirs, il élimine certaines mais pas toutes les contradictions. En termes de logique, il y a ce qui est faisable, ce qui est en notre pouvoir de respecter, et il y a la perfection inatteignable.

Comment éviter la crédulité

Si la crédulité et la trop grande facilité à croire ce qui est communiqué par autrui, le récepteur doit en premier lieu vérifier la consistance de la croyance potentielle avec une partie des croyances qu’il possède déjà. Le contenu de la représentation reçue active la plupart des croyances qui sont dotées d’un contenu informationnel apparenté. Un certain nombre de vérifications sont effectués et si une incompatibilité apparaît, le récepteur s’y attarde, la met sérieusement en question, vérifie la fiabilité de la source, recherche des informations complémentaires et révise éventuellement ses anciennes croyances.

En deuxième lieu, le récepteur doit établir une partie du réseau inférentiel dans lequel la représentation reçue est intégrée. Il tire les inférences les plus immédiates de la représentation communiquée, surtout si cette dernière ne correspond à aucune de ses croyances. Il prend en compte les conséquences de l’adhésion à la croyance et vérifie que les conséquences de la croyance n’entrent pas en contradiction avec d’autres croyances de sa mémoire.

Lorsque la croyance est accompagnée d’un raisonnement qui la justifie, le récepteur contrôle la fiabilité des connexions logiques tissées par l’émetteur.

Pour juger rationnelle l’adhésion à une croyance et qualifier de compétent le récepteur, on peut demander au croyant potentiel d’effectuer les vérifications faisables pour lui, c’est-à-dire de manifester de la prudence, de soumettre la véridicité de l’information transmise à une procédure d’évaluation rationnelle minimale.

La coordination des actions par la coopération ou par la manipulation

Pour coordonner les actions, il faut transmettre des informations sur l’état du monde, les indicatifs, et des informations sur les comportements à adopter, les impératifs.

La coopération

La conception coopérativiste du « tous pour un, un pour tous » accepte ce que l’autre dit, comme nous faisons confiance aux témoignages de nos sens. L’émetteur respecte le principe de vérité, c’est-à-dire qu’il a la propension à dire la vérité. Le principe de crédulité est la propension du récepteur à croire ce qu’on lui dit.

La rencontre par le récepteur d’une information modifie l’état de son système cognitif, créé un état de croyance. Les idées ont leur propre dynamisme : elles n’ont pas besoin de la volonté pour s’activer. Dans un deuxième temps, le récepteur vérifie si l’information est vraie et si elle doit être conservée. Si ce travail analytique ne se fait pas, par exemple en cas de distraction, le récepteur « gobe » tout ce qu’on lui dit.

La manipulation

Dans la conception machiavélique, la communication est un outil pour accroître les intérêts et l’influence de l’émetteur, l’occasion d’une course aux armements en matière de manipulation. L’émetteur empêche le récepteur de deviner son action par la dissimulation. Il dévoile de fausses informations pour le tromper. Il distrait le récepteur de la cible. Il donne une fausse image de lui-même. Il y a tromperie quand il y a intention d’installer une fausse croyance chez l’adversaire, quand il y a intention de modifier les croyances de celui-ci. La crédulité est du côté des vaincus qui n’ont pas su élaborer des mesures de contre-espionnage suffisantes pour résister aux manoeuvres des manipulateurs.

Le décryptage des intentions de l’émetteur

Chaque acteur social a une théorie de l’esprit de l’autre, ce qu’on appelle la psychologie populaire ou la psychologie naïve, pour comprendre, prédire et expliquer le comportement de celui-ci, à moins qu’il ne s’agisse d’une capacité de simuler les états mentaux de l’autre, de s’imaginer dans sa position et de décider ce que nous ferions à sa place. Le récepteur n’est pas passif. Il essaye de décrypter les intentions de l’émetteur et de construire une interprétation, tandis que l’émetteur a l’intention d’induire une croyance chez le récepteur et aussi souvent l’intention que le récepteur reconnaisse que tel est son intention.

Le problème est de savoir si l’émetteur veut nous faire profiter de ses connaissances, ou bien s’il veut nous induire en erreur. Dans ce dernier cas, le mensonge par omission ou par falsification laisse échapper des fuites, par lesquelles l’émetteur révèle malgré lui une partie de la vérité, à moins qu’il n’émette des indices suggérant la présence du mensonge, ainsi quand il manifeste son émotivité devant le risque d’être découvert et soumis à l’opprobre.

Il est difficile de distinguer le manipulateur du coopérateur, même s’il y a chez certains récepteurs une habileté à détecter les tricheurs.

Le filtre cognitif

Mais la coopération domine forcément la manipulation, sinon la communication disparaîtrait. Il y a donc une coopération supposée de l’émetteur. L’émetteur ne cherche pas à travestir la vérité, particulièrement quand on est entouré de personnes qui nous veulent du bien ou qui ont du prestige. Entre croire ce que quelqu’un nous dit et rejeter toute communication par peur d’être manipulé, il y a la solution du filtre cognitif, qui classe, à partir d’indices, la nature du contexte dans lequel l’information parvient, accordant alors plus ou moins de crédit à l’émetteur, et qui vérifie que les informations transmises ne sont pas en conflit avec les informations d’ores et déjà tenues pour vraies, par un scannage du contenu informationnel de notre mémoire.

Dans certains cas, les contextes et les contenus informationnels peuvent être si subtils qu’on ne peut échapper à une forme d’adhésion.

Dans d’autres cas, les incongruités de l’information transmise ne rencontrent aucune résistance, comme si le récepteur avait envie d’y croire. Le manipulateur n’a une chance d’être accueilli dans l’esprit de sa cible que dans la mesure où son message rencontre un certain écho.

La duperie de soi

La duperie de soi est une manipulation de ses propres croyances de telle façon que ces dernières n’entrent pas en dissonance avec les états de choses désirés ou les événements désirés. C’est une auto manipulation qui maintient à l’esprit des croyances contradictoires. La mauvaise foi, comme agent intentionnel, est l’instance du mensonge à soi-même, qui se masque une vérité déplaisante ou présente une erreur plaisante sous l’aspect d’une vérité.

La collecte sélective des données : la mise à l’écart des croyances dispositionnelles non désirables

Le désir de ne pas croire, c’est-à-dire le refus de voir la réalité en face, provoque une sélection biaisée des informations provenant de l’environnement ou de la mémoire. Ces biais cognitifs, favorisés par la motivation, c’est-à-dire non intentionnels, effectuent une collecte sélective des données. Le système cognitif est hypersensibilisé aux preuves favorables et quasiment aveugle aux preuves défavorables.

S’il faut distinguer motivation et intention, il faut distinguer aussi les croyances occurentes et les croyances dispositionnelles. Ces dernières, dans la mesure où elles vont à l’encontre des désirs, ne sont pas activées.

Les techniques pour éviter les pensées désagréables sont une rationalisation qui traite de manière biaisée les informations connues, le détournement de l’attention ou l’encombrement de l’esprit par des pensées en accord avec ce qu’on veut bien croire. Ces techniques, lorsqu’elles sont couronnées de succès, favorisent la constitution d’habitudes d’évitement. Quand une pensée est approchée de trop près, une stratégie ayant donné lieu à un évitement dans le passé sera automatiquement réactivée, ou plutôt des types d’habitude se mettent en place pour répondre aux risques de l’activation de croyances mauvaises à penser. Tout apport de l’extérieur permettant de renforcer les mécanismes d’évitement sera accueilli avec soulagement.

Tenir une croyance pour vraie

Le désir de croire, c’est prendre ses désirs pour la réalité. L’individu désire si fortement qu’une proposition soit vraie que cela l’amène à croire qu’elle est vraie. Dans le cas précédent, l’acteur ne désire pas une proposition et croit la proposition contraire, mais il n’a pas à croire la proposition qu’il ne veut pas croire, il lui suffit de ne pas y penser. La représentation ne vise plus à correspondre à un état des choses réel mais, au contraire, un état de choses désiré par le sujet.

Le sujet accepte une proposition quand il décide de la tenir pour vraie, quand il engage sa pensée dans un système où cette proposition constitue une prémisse de base. À la longue, les habitudes s’installent, entraînant l’adhésion.

Si la force motivante des désirs n’agit pas directement sur les croyances, elle peut par contre déterminer l’intensité avec laquelle les informations sont recherchées. Selon la densité des désirs, la recherche peut-être plus ou moins soutenue et exhaustive. Il peut être raisonnable d’acquérir une croyance désirable, même si ce n’est pas rationnel.

Une croyance peut entraîner pour une personne des conséquences si catastrophiques qu’il peut être fort raisonnable pour elle de ne pas y croire.

Les désirs sont les causes structurantes dans la fixation des croyances, dans la recherche des données, dans la vérification des informations communiquées, et non les causes déclenchantes, celles qui déterminent l’effet ici et maintenant.

Les attitudes

Une attitude est une disposition interne durable de l’individu qui l’incite à répondre favorablement ou défavorablement à un objet, une personne, une institution ou un événement. L’attitude se distingue de l’habitude par le fait que l’attitude se caractérise par une évaluation. L’attitude a une direction positive ou négative et une intensité forte ou faible. L’attitude reflète la manière dont les expériences passées ont été sommées, stockées et organisées. Elle permet de réagir rapidement à une nouvelle situation.

L’attitude a des composantes affectives, cognitives et comportementales. Nous aimons telle entité, nous avons des informations favorables sur telle entité, nous sommes prêts à secourir telle personne.

Les modifications d’attitude reposent sur des modifications d’une ou plusieurs de ses composantes. Les modifications de la composante affective reposent sur un conditionnement classique. Nous évaluons positivement un candidat, car nous l’avons rencontré lors d’un événement agréable. Les modifications de la composante comportementale reposent sur le conditionnement instrumental. Nos comportements sont renforcés par des récompenses et des encouragements.

Les attitudes crédales ou représentations tenues pour vraies

Parmi les représentations tenues pour vraies, les attitudes crédales, nous pouvons distinguer quatre formats représentationnels.

Les représentations

La complexité de l’organisme se mesure au nombre et à l’organisation des neurones, intermédiaires entre les stimuli provenant de l’environnement et les réponses émanant de l’individu. Des dispositifs internes qui, par hasard, réagissent systématiquement à des régularités du monde sont sélectionnés. Grâce à ces covariations, une dépendance systématique entre ce qui se passe à l’intérieur de l’organisme, dans le cerveau, et ce qui se déroule à l’extérieur se met en place, constituant un système sensoriel. Les assemblées de neurones qui s’activent lorsqu’un type de stimulus est présent se stabilisent. Les caractéristiques de l’environnement causent les modifications du système nerveux. Les assemblées de neurones indiquent la présence de certains traits de l’environnement. Elles ont une fonction d’indication, elles sont des représentations.

L’esprit et les représentations de choses à venir

Comme la simple représentation de ce qui est en train de se passer n’est pas très utile, apparaît l’esprit comme producteur de représentations permettant d’anticiper un état de choses à venir, représentations qui ne sont pas à la disposition du système sensoriel. Alors que la représentation d’une attaque ne garantit pas d’en échapper, la représentation de l’éventualité d’une attaque permet d’envisager une stratégie de fuite. Comme il y a de nombreux types de régularité dans l’environnement, les représentations sont activées sur la seule présence d’indices. Si une chose tombe, je ne perçois qu’un point en mouvement, mais je suis capable de prévoir plus ou moins l’endroit où cela va tomber. La représentation de l’état de choses à venir s’élabore avant son occurrence effective en se fondant sur la manière dont les choses se passent habituellement. Il ne s’agit ni de calcul conscient ni du résultat d’un apprentissage conscient fondé sur de nombreuses observations, mais d’un mécanisme inné, d’un module, système cognitif spécialisé dans le traitement d’informations spécifiques et qui opère de manière automatique.

Quatre modules

L’évolution ne sélectionne que des dispositifs spécialisés de traitement de l’information pour chaque problème adaptatif récurrent. Ces programmes cognitifs spécialisés sont plus efficaces, rapides et économiques que les mécanismes généraux de traitement informationnel.

Quatre domaines spécifiques de compétence ou théories sont reconnus : la physique naïve, responsable des inductions concernant les objets, la biologie naïve qui prend en charge les espèces vivantes, la psychologie naïve qui a pour fonction de prédire le comportement d’autrui et la sociologie naïve qui porte sur le monde social. À partir des contours d’un objet qui se modifie, une représentation de quelque chose qui se dirige vers moi s’active et sert de base informationnelle pour mes comportements à venir. À partir de la forme d’une plante, je me représente cette plante comme appartenant à une espèce comestible. À partir de la perception d’un objet autopropulsé, je le classe comme animal. Les espèces naturelles sont catégorisées spontanément dans des familles dotées de propriétés différentes. À partir de la direction du regard d’autrui, se construit des informations sur ses intentions, et à partir de cet indice mon intérêt se focalise sur quelque chose qui a une grande importance pour moi.

Ces représentations s’imposent sur le mode de ce qui va de soi. Ces attentes spontanées sont des représentations tenues pour vraies, mais pas des croyances, plutôt des protocroyances, sur lesquelles repose une part essentielle de nos comportements.

Représentations erronées d’origine modulaire

La prise en charge spontanée de certains types d’information par des dispositifs modulaires sélectionnés au cours de l’évolution permet de réagir de manière adéquate dans la plupart des cas. Mais leur fonctionnement automatique peut favoriser la constitution de représentations erronées, notamment quand un module s’applique dans des circonstances qui sont éloignées de celles dans lesquelles s’est opérée sa sélection ou quand un module s’applique à un domaine qui n’est pas celui pour lequel il a été sélectionné. Autrefois, la disposition à consommer des choses sucrées était pertinente, mais aujourd’hui elle conduit à une surconsommation de produits sucrés, d’autant plus que le sucré est produit industriellement. Quand on attribue des propriétés mentales à des entités naturelles, en applique un module psychologique à un contenu appartenant un autre domaine. Quand le chômage est présenté comme une catastrophe naturelle, la physique naïve prend en charge des informations renvoyant à des problèmes sociaux. Les racistes sont friands d’application indue de la biologie naïve sur les classes individus, ces classes étant considérées sous l’aspect des espèces naturelles, ce qui utilise le sentiment d’évidence résultant de la mise en oeuvre spontanée du module relevant de cette biologie naïve.

Les leurres

Certains manipulateurs utilisent des leurres. Ils mettent en scène les représentations qu’ils veulent transmettre en les présentant de telle façon qu’elles soient prises en charge par des modules, ce qui favorise l’acceptation de ces représentations, avec le caractère d’évidence difficile à récuser des modules. Par exemple, on recourt au module de détection des émotions exprimées sur le visage en utilisant des acteurs capables d’afficher des expressions susceptibles de les rendre sympathiques, ce qui multiplie les chances de rendre le message persuasif.

Les attitudes acquises :associations, conditionnements, dispositions

Les dispositifs modulaires ne sont pas flexibles. L’évolution favorise un autre format représentationnel, susceptible de répondre aux modifications de l’environnement. Les événements régulièrement corrélés sont détectés par le système sensoriel. L’association de deux représentations sensorielles permet de prédire le futur. La seconde représentation est automatiquement activée par la première, si l’association est régulière. Cette capacité profite des régularités de l’environnement pour anticiper. Grâce à sa faculté d’apprentissage, l’organisme peut mettre en place, au cours de son ontogenèse, un certain nombre d’attentes et d’habitudes de pensée vis-à-vis des événements jugés importants. Des événements, au départ sans signification, deviennent des indicateurs d’autres phénomènes ou états de choses qui ont de la signification pour l’individu. À chaque nouveau conditionnement correspond une nouvelle attente, une nouvelle représentation du futur immédiat, une modification du système cognitif, influençant les comportements à venir. Un raccourci cognitif infère un résultat à partir de régularités rencontrées dans le passé. Le comportement humain en société est balisé par des règles, apprises de manière généralement tacite, qui se traduisent par des dispositions individuelles à agir, par des schémas, par des représentations sommaires, par des dispositions à penser, par des associations, par des habitus. Les scénarios ou scripts sont des groupements d’informations, ordonnés dans la mémoire, correspondant à des suites d’actions à faire dans des contextes donnés. Ces scénarios, non mémorisés consciemment, comme le scénario d’aller au restaurant, suscitent des attentes mises en défaut par les expériences de rupture. La rencontre avec une occurrence d’un individu présentant les caractéristiques d’un stéréotype donné déclenche spontanément un ensemble d’attentes à son égard, le schéma projectif ayant la force de l’évidence. Certaines représentations sociales activent spontanément des clichés acceptés par chacun, leur utilisation déclenchant un ensemble de connotations. Un stimulus donné déclenche automatiquement une certaine réponse. Il n’y a pas d’activité réflexive.

Le démagogue joue sur le contexte d’un groupe pour tirer des généralités aux conséquences extrémistes. Il y a beaucoup d’étrangers dans le quartier, l’immigration est la source de nos malheurs. Le démagogue utilise le scénario de la ville assiégée, du pays envahi, les images associées à l’invasion s’égrenant automatiquement dans l’esprit des auditeurs. Il utilise les stéréotypes associés aux étrangers.

Ces représentations sont des représentations proximales, au sens où elles s’activent lors des contacts sensoriels directs avec l’environnement, et non des représentations distales se formant en l’absence de l’objet représenté.

Les croyances, la conscience

Les informations de type analogique ou iconique fournies par le système sensoriel sont transformées, simplifiées, rendues abstraites pour être mémorisées et utilisées dans des contextes différents. Une seule occurrence suffit pour que la représentation se constitue. De telles représentations sont des représentations propositionnelles, car leur contenu peut être identifié au moyen de propositions. Les acquisitions sont explicites. Les contenus représentationnels tenus pour vrais sont toujours susceptibles d’être convoqués à la conscience, par exemple pour être révisés. On peut se faire une idée du résultat d’un comportement avant de le déclencher. Les croyances élémentaires sont entièrement déterminées par l’input perceptif. Mais nous sommes capables d’imaginer des situations que nous n’avons pas vécues, faire comme si nous nous trouvions dans une situation imaginaire, parce que nous nous constituons un modèle de la situation, modèle que nous pouvons conserver suffisamment longtemps en mémoire pour donner lieu à des manipulations mentales, ce qui permet d’envisager une meilleure stratégie possible.. La capacité de se former des modèles permet la réflexion consciente, la conscience, regroupement sur un même espace de travail de nombreux processus parallèles pour constituer des représentations unifiées et cohérentes. Nous convoquons à la conscience plusieurs représentations, les combinons et simulons leurs modifications futures, ce qui permet d’améliorer les anticipations, de prévoir des comportements mieux adaptés, de modifier les croyances appartenant à la base de données et qui ne résistent pas aux tests virtuels et d’envisager des planifications et des stratégies.

Représentations des états mentaux d’autrui

La capacité de se représenter les états mentaux d’autrui, l’habileté à se former des représentations de représentations, permet d’accroître le champ des croyances des croyances des états mentaux d’autrui et de considérer et évaluer les croyances transmises par autrui.

Le langage

Le langage permet la communication des représentations propositionnelles et augmente la complexité potentielle des représentations consciemment entretenues ; en effet, l’espace de travail occupé par les processus conscients étant limité, les mots et les phrases sont des résumés de représentations complexes, résumés mieux manipulables que les contenus auxquels ils renvoient. La syntaxe favorise les manipulations de représentations. Le recours aux métareprésentations comprend l’émergence de représentations qui portent sur ses propres représentations. Nous explicitons nos propres croyances en les redécrivant dans un format différent, notamment pour juger de leur validité, ce qui améliore la fiabilité des représentations considérées comme vraies. Nous avons alors une base de connaissances encore plus fiables pour interagir avec notre environnement.

Les croyances réflexives

Les croyances intuitives ou croyances factuelles sont immédiatement comprises. Une fois utilisées, par la perception, l’inférence ou la communication, elles sont utilisées sans autre forme de procès comme base de données dans les interactions. Les croyances réflexives ou croyance semipropositionnelles ne sont que partiellement comprises. L’émetteur bénéficiant de la confiance du récepteur, ce dernier, grâce à ses capacités métareprésentationnelles, garde néanmoins en mémoire la proposition transmise telle quelle, en espérant que son contenu lui deviendra plus clair par la suite. Il croit la proposition vraie sans saisir ce qui est dit être vrai. Le fondement de l’assentiment de ce type de croyances est l’autorité de la source. La mise en oeuvre de ces croyances n’est pas spontanée, naturelle. Lorsque le contexte se prête à leur activation, il faut se remémorer explicitement la proposition enregistrée et le statut de la source qui l’a énoncée.

Les macros représentations

Les macros représentations ont pour fonction d’organiser en un tout plus ou moins cohérent le vaste ensemble hétéroclite constitué par les représentations des strates inférieures.

Les différents dispositifs d’élaboration de représentations tenues pour vraies sont la source de masses considérables de représentations. Un bon nombre des mécanismes en jeu sont modulaires et donc impénétrables à la conscience. Nous ne sommes pas des sujets souverains maîtrisant parfaitement les rouages de notre esprit, puisque notre comportement est dirigé par des dispositifs auxquels nous n’avons pas accès et que les représentations sur lesquelles se fondent nos décisions sont si nombreuses qu’on s’y perd.

L’évolution favorise l’émergence de dispositifs destinés à mettre de l’ordre au sein des représentations.

Des croyances contradictoires ne peuvent se maintenir à partir du moment où elles sont explicites, même si on doit accepter une certaine inconsistance dans la vérification.

Des représentations issues des dispositifs dont nous ignorons en grande partie le fonctionnement sont organisées de manière plus ou moins cohérente.

Les informations affectant notre cerveau sont décomposées en parties sur lesquelles de nombreux systèmes travaillent. Ces unités, relativement autonomes, déclenchent des comportements ou amènent des représentations à la conscience sans que les processus à l’oeuvre ne nous soient accessibles. Nous sommes confrontés à des productions auxquelles nous n’avons pas consciemment participé.

Théorie, récit, bonne histoire

Pour y remédier, nous élaborons rapidement une interprétation s’appropriant le comportement ou la pensée considérés, nous élaborons une explication. Nous élaborons une théorie donnant un sens à notre comportement. A posteriori, nous déployons une intense activité pour donner un sens à nos actes. Nous racontons continuellement, à nous-mêmes et à autrui, des histoires sur ce que nous sommes, de manière à combler notre impossibilité de nous comprendre nous-mêmes. La vision unifiée que nous donnons de nous-mêmes est une fiction, une représentation de notre propre vie grâce à laquelle nous tentons d’ordonner des événements de notre existence montrant que leur succession obéit à une certaine cohérence. Nous sommes tous des romanciers plus ou moins doués essayant de rendre cohérent ce qui nous est arrivé au moyen d’une seule bonne histoire. Afin de s’approprier des événements qui jalonnent notre biographie nous reconstruisons rétrospectivement les raisons qui ont guidé nos choix et nos actions, sauvegardant ainsi une version unifiée de notre moi, version où nous apparaissons comme des sujets actifs maîtres de notre destin. L’outil cognitif du récit permet de se raconter soi-même, de donner un ordre, une cohérence à des actions et des états mentaux qui ont eu lieu à des moments différents, à des expériences personnelles qui se sont succédées dans le temps, grâce à la possibilité de constituer des unités plus grandes que les phrases et les propositions, au moyen d’intrigues où nos vies sont pleines de rebondissements et d’inattendus qui risquent à tout moment de remettre en cause notre identité. Les faits sont agencés dans un agencement conduisant à un dénouement. La succession des événements, qui avait pour nous un caractère accidentel s’enchaîne dans une histoire dont l’unicité définit l’originalité de la personne. Notre vie devient une totalité temporelle maîtrisable et explicable, le hasard se transformant en destin. La forme narrative élabore des représentations d’ordre supérieur, reliant entre elles des représentations dont le contenu peut être précisé au moyen de propositions. Les ensembles structurés de représentations constituent la strate des macros représentations. En donnant une signification aux actions et pensées passées, ces représentations proposent un sens, une direction aux événements à venir, constituant ainsi des repères d’action qui, rangés sous une dénomination qui permet de les conserver en mémoire, peuvent être explicités en cas de besoin. On cherche à donner un sens à sa vie quotidienne et à élaborer une structure globale qui englobe ce qu’on a fait, ce qu’on a ressenti, ce qu’on a cru. On cherche à maîtriser le langage pour imprimer à son expérience une forme narrative. On introduit dans le récit, de manière linéaire, ce qui est arrivé, on utilise la causalité, on distingue l’habituel de l’exceptionnel, on explique les exceptions à la règle, on apprend que toutes les histoires ne se valent pas, qu’il y en a qui sont meilleures que d’autres, on recherche la bonne histoire, celle qui maîtrise les tenants et aboutissants des événements, pour accroître la probabilité de succès de nos comportements futurs. Quand des événements insoutenables ont eu lieu on est incapable de trouver une bonne histoire pour s’approprier ce passé et se tourner enfin vers l’avenir. La capacité narrative tisse entre elles des représentations qui permettent de mettre en place des projets d’avenir. Les récits qu’on raconte à soi et en aux autres sont façonnés par des projets d’actions. Ils sont des futurs imaginés qui vont orienter les actions à venir. Et l’identité individuelle se définit par le souci du futur, par des hiérarchies d’intention manifestant le pouvoir d’agir d’une entité unique.

Une bonne histoire organise notre biographie, donnant un sens à l’ensemble de nos actes, le hasard se transformant en destin. On tient le fil narratif de notre existence, on peut à tout moment en retracer les scènes principales, ce qui constitue une sécurité identitaire. Une bonne histoire est dépourvue de contradictions trop apparentes et nous réserve un rôle valorisant, nous accordant des qualités. Enfin la bonne histoire ouvre des possibilités d’actions désirables pour l’acteur principal. La propension à croire celui qui nous proposera une histoire de ce type sera très forte, d’autant plus que notre besoin de récit capable de structurer notre existence est plus fort. Un récit qui décèle les incohérences de notre vie et le peu de congruence entre nos aspirations et notre existence actuelle, le récit qui explique les raisons de notre malheur, fournit les clés d’un avenir radieux et attribue à son protagoniste une vie plus noble. Un tel récit fait avaler les croyances que les émetteurs voulaient faire croire.

Présélection des objets de pensée par les marqueurs et les émotions

Le fait d’exister précède celui de penser. Les mécanismes soustendant la faculté de raisonnement peuvent être reliés avec ceux qui sont responsables de la régulation biologique, de façon que les décisions fondées sur la raison ne portent pas préjudice à l’organisme. Chaque choix qui a conduit à une conséquence néfaste entraîne la mise en place d’un marqueur somatique (Le marqueur somatique est une représentation potentielle qui permet de reconstituer des représentations à partir des informations stockées dans la mémoire). Par la suite, il suffit d’évoquer la conséquence néfaste en pensée ou d’être en face du choix considéré pour que se réactive l’état déplaisant. Les marqueurs somatiques, lorsqu’ils sont couplés à des émotions négatives, fonctionnent comme des signaux d’alarme automatique entraînant le rejet immédiat d’une action ou d’une pensée. Lorsqu’ils sont couplés à des émotions positives, les marqueurs maintiennent l’attention et la mémoire de travail et encouragent la continuation des processus en cours. Dans les deux cas les marqueurs somatiques exercent une présélection automatique sur les objets pensés qui entrent dans le champ de conscience.

Rôle des émotions

Les processus émotionnels exercent une fonction de filtre émotionnel, hors du champ de conscience en grande partie. Le rôle joué par le filtrage émotionnel est essentiel pour la survie. On ne peut taxer les processus qui le sous-tendent d’irrationnels. Les filtres cognitif et émotionnel coopèrent, la plupart du temps avec succès.

Les principes de la logique recommandent d’éviter les fausses croyances et de rechercher les vraies, mais ne nous disent pas les domaines sur lesquels les appliquer. Il ne nous disent pas ce qui est à remarquer, ce à quoi il faut s’attendre, ce sur quoi porte l’enquête.

De plus, nous avons à notre disposition dans la mémoire un ensemble infini d’information.

Les émotions restreignent le champ des informations qui vont être traitées par le système cognitif, posent les bonnes questions, les questions qui importent pour l’organisme dans la situation donnée et présélectionnent les options à disposition. Les émotions motivent ou inhibent des processus mentaux, mais aussi scannent en permanence l’environnement et orientent l’attention quand un stimulus ne répond pas aux attentes propres à la situation ou quand un obstacle s’oppose à la réalisation d’un plan d’action.

Lorsque, au moyen d’hypothèses, nous simulons les conséquences prévisibles de nos actions et de nos pensées, les émotions, par l’intermédiaire des marqueurs somatiques, influencent le cours de la pensée et déterminent en partie le type de décisions qui en résultera.

Le système émotionnel, en régissant l’accès à l’espace de travail conscient, joue un rôle essentiel au sein des procédures rationnelles puisqu’il présélectionne les informations qui vont faire l’objet d’un traitement cognitif, informations au fondement des contenus de pensée. Les émotions exercent une part active dans la constitution des croyances.

Cognition et émotions

Si les émotions sont indispensables au fonctionnement de la raison, le critère du succès pour le système émotionnel est la satisfaction, l’état de bien-être de l’organisme. Une action est réussie et un état mental est jugé positivement lorsqu’ils participent à la réalisation des représentations motivationnelles. Le critère du succès pour les processus cognitifs est la vérité. Le caractère agréable ou non des contenus représentationnels ne joue aucun rôle dans le traitement informationnel. Il faut que les représentations donnent une image fiable du réel concerné.

On peut évaluer les croyances de deux manières. Une croyance est rationnelle lorsqu’elle résulte d’un processus cognitif qui a soigneusement examiné les informations sur laquelle elle repose. Elle satisfait les critères d’une rationalité cognitive et possède une valeur épistémique. Une croyance est raisonnable lorsqu’elle participe à notre confort émotionnel. Le mérite de cette croyance est donc non épistémique mais pratique, puisque cette croyance conduit à un état de choses désirable ou sauvegarde un état de choses désirable. Il s’agit d’une rationalité stratégique, pour laquelle le bien-être de l’organisme prime.

Le filtre émotionnel peut prendre l’avantage

Pour que nous nous intégrions harmonieusement à notre environnement, nous devons disposer de représentations fiables sur le monde et d’informations sur notre état interne. Le filtrage émotionnel peut prendre l’avantage sur le filtrage cognitif. Le filtre cognitif est mis entre parenthèses à la suite d’émotions positives, quand on prend ses désirs pour des réalités, ou à la suite d’émotions négatives, dans les cas d’aveuglement volontaire. Certaines représentations erronées font beaucoup de bien. Certaines vérités ne sont pas bonnes à penser.

Rôle des émotions 2

Les émotions scannent en permanence les informations de manière à en évaluer les répercussions internes. Ces contrôles spontanés sont rapides pour être en mesure de déclencher des alarmes mobilisant l’attention et permettant le changement éventuel du cours de l’action. Ils portent sur un grand nombre d’informations et donc sont traités au moyen de processus parallèles, alors que le traitement conscient de l’information est un processus sériel et se caractérise par une certaine lenteur.

Le travail du filtre émotionnel précède toute prise de conscience. Les résultats des évaluations déterminent la nature des informations qui vont faire l’objet d’une attention soutenue. Les contrôles évaluatifs ne s’effectuent pas sur des représentations similaires à des représentations consciemment évoquées, la conscience en moins, mais sur des représentations potentielles conservant le code permettant de reconstituer différents types d’images mentales en activant les assemblées neuronales qui leur correspondent, en particulier sur des marqueurs somatiques prenant en charge les associations ayant conduit dans le passé à des états somatiques désagréables. Lors du contrôle évaluatif d’un énoncé, un balayage rapide des conséquences de l’énoncé se produit, et si ce balayage rencontre un marqueur somatique, l’énoncé est mal reçu, sans que les représentations soient activées.

Certaines informations sont reçues et avalisées, tant leurs sources sont dignes de confiance, sans pour autant être en mesure de donner lieu à une activation consciente, tant leurs contenus est insupportable à l’individu. Le processus émotionnel détecte le marqueur somatique indiquant que l’état de choses qui résulterait de l’activation des représentations seraient néfastes pour le bien-être de l’individu. Le filtre émotionnel met en place des points aveugles qui empêchent l’attention de se fixer sur certaines informations.

La production de dopamine, quand il y a plaisir

La sensation de plaisir entraînant la production de dopamine, celle de déplaisir entraîne une diminution de cette production. La dopamine activant le système central, une pensée désagréable diminue la production de dopamine et diminue donc l’énergie nécessaire au maintien de cette pensée dans la conscience, ce qui peut conduire à l’extinction de cette pensée.

Pendant le laps de temps où les sensations pénibles sont ressenties, l’attention sera prédisposée à se focaliser sur tout ce qui pourra la détourner de la pensée indésirable. Les mécanismes d’affaiblissement de l’attention ou de détournement de l’attention peuvent se mettre en place quand aucune correction ne semble possible.

Le filtre cognitif s’assure que les informations sont vraisemblables, que l’émetteur est consistant et que les informations transmises sont compatibles avec les propres croyances du récepteur.

Propositions réflexives 2

Lorsque les propositions transmises sont trop complexes pour les compétences du récepteur ou incompréhensibles, voire absurdes, et que le récepteur a confiance en l’émetteur, ces propositions sont conservées telles qu’elles, avant examen. Ce sont les propositions réflexives. Lorsque la proposition transmise est, après réflexion, plus ou moins comprise et qu’elle entre résonance avec un sujet de préoccupation de l’individu, alors elle mobilise l’attention, l’individu tente d’en évaluer la portée, il la teste mentalement et il l’accepte provisoirement, avant d’apporter son assentiment. Pour être en mesure d’effectuer cette exploration mentale, l’individu doit se forger une représentation plus explicite du contenu, un modèle, objet mental dont la structure correspond à la structure de la situation qu’il a pour fonction de représenter. En manipulant les modèles, l’individu compare sa situation avec un état de choses qui pourraient advenir. Il fait comme si la proposition communiquée était vraie et il élabore un modèle de tout ce qu’implique la réalisation d’un tel contenu. Il effectue des inférences et mobilise des informations pour compléter la modélisation, dans un espace de travail déconnecté du monde réel. La capacité de se constituer des modèles de situation contrefactuelles permet d’effectuer des simulations mentales de ce que le monde pourrait être si la proposition testée était vraie. Dans de nombreux cas, la mise en oeuvre du filtre cognitif suffit puisque celui-ci vérifie, lorsque les contenus sont suffisamment compris, la consistance des informations. Lorsque le travail de vérification est trop compliqué ou lorsque les conséquences des propositions ne peuvent être déduites par des inférences simples, l’individu en constitue un modèle virtuel. Il suspend pour un temps la suspicion légitime à l’égard de la proposition et il l’intègre provisoirement dans son système de croyances afin de d’en constater virtuellement les effets. En insérant dans le système cognitif une croyance comme si, l’individu donne naissance à de nouveaux mondes possibles. Imaginer de tels contrefactuels, pour virtuels qu’ils soient, entraîne de vrais effets.

Simulation, dopamine et sélection des informations

Les processus mentaux correspondant aux actions simulées sont parents avec ceux qui correspondent à des actions réelles. Les mondes virtuels dans lesquels l’individu se sent à l’aise produit une expérience positive et sont donc pris en charge par le filtre émotionnel. La production de dopamine favorise le maintien des modèles dans la mémoire de travail et l’accueil favorable à l’énoncé à la source d’un monde possible aussi désirable. Certes, il faut aussi que cet énoncé présente des gages de validité, mais l’énergie et l’attention sont accordés aux informations qui corroborent la représentation simulée, les contre-exemples étant ignorés, voire étant l’objet de rationalisation visant à en diminuer la portée. Il arrive que les mondes possibles qui émergent du processus de simulation apparaissent comme munis d’une forme d’évidence : les choses ne pourraient pas être différentes, du fait de leur cohérence qui les rendent difficilement récusables.

Conversion et récit

On a une conversion quand l’individu modifie, souvent de manière brusque, un vaste ensemble de croyances et adhère à un nouveau système de représentations du monde qu’il aurait jugé auparavant peu vraisemblable. Les croyances sont organisées en récit.

Au moyen d’intrigues, il est possible de donner un sens à des événements passés et de montrer le rôle qu’ils ont joué dans la constitution de la situation présente. Les récits permettent de se percevoir identique au fil du temps, ou bien ils permettent de se percevoir comme un sujet unique doué d’aspirations et de valeurs qui expliquent les actions passées. Les vicissitudes et les hasards de l’existence rendent ces constructions quelque peu arbitraires et leur cohérence n’est qu’approximative, l’individu s’apercevant que son récit de vie comporte des événements difficilement explicables, voire des contradictions, son comportement bafouant ses aspirations, à moins qu’il ignore ou ne prenne pas attention aux contre-exemples qui remettent en cause la cohérence de son récit de vie.

Quand l’individu est incapable de donner une version cohérente des épreuves qu’il traverse, tout un ayant l’impression qu’aucune perspective d’avenir ne s’offre à lui, il envisage sous un jour favorable les types de solution qui lui sont proposées, et un énoncé qui reconfigure son expérience passée tout en offrant de nouvelles possibilités d’action à venir peut entraîner une conversion. Il faut un récit suffisamment cohérent pour susciter la simulation d’un monde possible où les impasses de la vie réelle se métamorphosent en promesses, simulation accompagnée de réactions émotionnelles.

L’euphorie de l’organisme se contente d’un minimum de vraisemblance. La détresse, l’absence de sens et de perspective favorisent l’acceptation de système de croyances susceptibles aussi bien de redonner une cohérence à l’existence que d’ouvrir de nouvelles possibilités d’action.

Illusions autoprotectrices pour éviter l’angoisse

La possibilité de se constituer des modèles mentaux permettant de se projeter dans le futur peuvent activer des situations déplaisantes, éveiller les sentiments angoissants. Ainsi la représentation de sa propre mort ou celle de ses proches peut conduire à une sorte de paralysie préjudiciable à la survie. Comment faire des projets quand nous sommes conscients que notre environnement ne dépend que dans une faible mesure de notre volonté et que la maladie nous guette en permanence. Quoique nous fassions, nous sommes perdants. Face à ce monde assez terrifiant, il semble indispensable de disposer d’illusions auto protectrices, qui jouent le rôle de la morphine dans le cas de la douleur physique.

Lors d’un stress de longue durée, la production d’endorphine augmente, comme pour apporter un soulagement, avec un risque de dépendance.

Si, dans certains cas, croire à l’incroyable ou ne pas croire à ce qui est évident peut s’avérer vital, il ne faut pas oublier que croire à n’importe quoi peut également s’avérer catastrophique. Il semble que la solution à ce dilemme soit davantage collective qu’individuelle.

Les cultures proposent des scénarios de vie fixant les balises d’une vie réussie, masquant les aspects de la réalité impossibles à affronter.

L’illusio

L’illusio est l’investissement dans un jeu social consistant à adhérer à ses présupposés et à accorder de l’importance de ses enjeux. On échappe ainsi à la mise en question et l’investissement est inconditionnel.

Les institutions culturelles gèrent la terreur par des représentations contre-intuitives ou mystères conceptuels, des propositions sacrées et taboues, interdites au sens critique, des images bienfaisantes.

Face à la mort en imagine une forme de vie après la mort, sous forme d’entités invisibles mais néanmoins présentes et efficientes.

Face à l’accumulation de malheurs qui frappe une personne ou un groupe, on imagine que ce malheur est voulu par une entité douée d’états intentionnels malveillants, par exemple un esprit courroucé auprès duquel on peut tenter une conciliation, par la mise en place de rituels pour rendre ces esprits favorables. (Par ce moyen, le malheur cesse de s’abattre au hasard. Il se charge même de sens. Comme le monde est juste, celui qui est frappé par le malheur le mérite. Les individus reprennent leur vie en main en s’engageant dans des comportements diminuant l’angoissante stupeur qui s’est installée). Ces rituels sont exercés par des spécialistes, médiateurs entre le monde des vivants angoissés et reconnaissants et les esprits.

Stratégie de manipulation

Le manipulateur habile, qui vise à faire croire une proposition dont il pourra tirer avantage, sait bien que celle-ci, avant d’être acceptée, donnera lieu à une forme de jugement et donc à une critique, fût-elle sommaire. Il faut attirer l’attention du récepteur sur l’intérêt de la proposition et fournir à ses capacités critiques de quoi satisfaire son appétit épistémique. Dans un premier temps, le manipulateur joue sur les représentations motivationnelles. Il éveille un besoin biologique en reproduisant un de ses déclencheurs, un besoin social, un désir ou une valeur.

Au lieu de jouer sur l’évocation de situations positives, le communicateur machiavélique peut éveiller un sentiment d’angoisse qui va prédisposer à chercher de toute urgence une issue auquelle le communicateur se propose de participer.

Si le filtre émotionnel réagit positivement, la proposition reste à l’état de rêve irréalisable.

Leurres cognitifs

Dans la crédulité, le filtre émotionnel joue un rôle moteur, au détriment de l’adéquation de la proposition au réel.

On fournit au contrôle cognitif un leurre cognitif présentant certaines des caractéristiques des attitudes crédales, un leurre suffisant pour piéger le système cognitif.

Il y a les leurres jouant sur le déclenchement automatique des mécanismes modulaires, par exemple l’activation de la psychologie populaire. Mon malheur a pour origine une volonté malfaisante. Il faut transmuer la soumission au malheur en un désir de vengeance.

Il y a les leurres suscitant le déclenchement des mécanismes propres aux attentes acquises, grâce aux raccourcis cognitifs, aux abrégés de décision, aux preuves sociales, aux stéréotypes ou aux représentations sociales présentant l’apparence du cela va de soi.

Il y a les leurres s’appuyant sur les raisons et la délibération, avec les processus rhétoriques, les simili-raisonnements, les argumentations pseudo logiques pour déjouer les capacités inférentielles, les bonnes intentions et les compétences supposées de l’émetteur pour assurer la communication.

Enfin il y a les leurres recourant aux mécanismes sous-tendant l’élaboration des macros représentations, avec un récit composé de séquences compréhensibles et reliées entre elles et d’une histoire qui se tient et qui donne un sens aux événements.

Le besoin de croire : la foi

Il y a le désir de ne pas croire, c’est-à-dire le refus de voir la réalité en face, ce qu’on appelle l’aveuglement volontaire devant une information, la vérité qui n’est pas bonne à savoir restant dans l’ombre du fait du vie scannage émotionnel et des marqueurs somatiques associés aux représentations traumatisantes. Il y a le désir de croire, avec ces informations non complètement comprises mais qui déclenchent une acceptation, du fait d’une réaction positive de la part du filtre émotionnel, avec une recherche de simulation de la part du système cognitif et une sensibilité aux leurres cognitifs. Il y a une propension à croire, un besoin de croire des propositions d’ordre surnaturel, ce qui relève de la foi.

Lorsqu’il s’agit de propositions de type religieux, celui qui ramène les croyances réflexives à des croyances factuelles est crédule. Il s’attend à percevoir des être surnaturel dans ce monde-ci. Celui qui les distingue est celui qui possède la foi, les croyances réflexives, de nature mystique, renvoyant à un autre monde, et il entretient un type de relations avec les entités de cet autre monde non comparable avec le type de relations qu’il entretient avec ses semblables.

De plus, les sociétés, pour se perpétuer dans le temps, instituent une sorte de contrôle institutionnel sur les croyances surnaturelles, car la diffusion d’un trop grand nombre de croyances irrationnelles, même si elles exercent un effet bénéfique sur le bien-être des individus, peut conduire à long terme à des dysfonctionnements incompatibles avec les contraintes de l’environnement naturel et social.

L’amalgame entre croyances actuelles et croyances réflexives conduit à l’éloignement du réel, celui des sectes.

Une organisation sociale qui ne laisse aucune place aux mystères court le risque de voir ses membres subir le désenchantement du monde, la désillusion.

Il y a au niveau social un optimum cognitivo-émotionnel. Il faut des récits capables de calmer le besoin de croire. Dans les représentations tenues pour vraies, à un extrême nous avons les formes d’assentiment les plus rationnelles, celle qui reposent sur l’argumentation et la prise en compte de toutes les informations à disposition, à l’autre extrême nous avons les actes de foi, motivés par un besoin de croire et justifiés grâce au sens donné à l’existence par un Grand Récit. Entre les deux extrêmes, nous avons les phénomènes de crédulité.

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Les représentations <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394758 \h <![endif]–>1<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les croyances et leur mode d’acquisition <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394759 \h <![endif]–>1<!–[if supportFields]><![endif]–>

Le tri des informations <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394760 \h <![endif]–>1<!–[if supportFields]><![endif]–>

Système émotionnel et système cognitif <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394761 \h <![endif]–>1<!–[if supportFields]><![endif]–>

L’acteur parfaitement rationnel <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394762 \h <![endif]–>2<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les heuristiques <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394763 \h <![endif]–>2<!–[if supportFields]><![endif]–>

Des corrélations illusoires <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394764 \h <![endif]–>2<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les raccourcis cognitifs <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394765 \h <![endif]–>2<!–[if supportFields]><![endif]–>

Stratégie prudente et stratégie optimale <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394766 \h <![endif]–>2<!–[if supportFields]><![endif]–>

L’adaptation <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394767 \h <![endif]–>3<!–[if supportFields]><![endif]–>

La conscience et la capacité métareprésentationnelle <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394768 \h <![endif]–>3<!–[if supportFields]><![endif]–>

Le langage et la communication <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394769 \h <![endif]–>4<!–[if supportFields]><![endif]–>

L’écriture <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394770 \h <![endif]–>4<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les normes rationnelles <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394771 \h <![endif]–>4<!–[if supportFields]><![endif]–>

La rationalité minimale <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394772 \h <![endif]–>5<!–[if supportFields]><![endif]–>

Comment éviter la crédulité <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394773 \h <![endif]–>5<!–[if supportFields]><![endif]–>

La coopération <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394774 \h <![endif]–>5<!–[if supportFields]><![endif]–>

La manipulation <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394775 \h <![endif]–>6<!–[if supportFields]><![endif]–>

Le décryptage des intentions de l’émetteur <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394776 \h <![endif]–>6<!–[if supportFields]><![endif]–>

Le filtre cognitif <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394777 \h <![endif]–>6<!–[if supportFields]><![endif]–>

La duperie de soi <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394778 \h <![endif]–>7<!–[if supportFields]><![endif]–>

Tenir une croyance pour vraie <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394779 \h <![endif]–>7<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les attitudes <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394780 \h <![endif]–>8<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les représentations <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394781 \h <![endif]–>8<!–[if supportFields]><![endif]–>

L’esprit et les représentations de choses à venir <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394782 \h <![endif]–>8<!–[if supportFields]><![endif]–>

Quatre modules <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394783 \h <![endif]–>9<!–[if supportFields]><![endif]–>

Représentations erronées d’origine modulaire <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394784 \h <![endif]–>9<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les leurres <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394785 \h <![endif]–>9<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les croyances, la conscience <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394786 \h <![endif]–>10<!–[if supportFields]><![endif]–>

Représentations des états mentaux d’autrui <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394787 \h <![endif]–>11<!–[if supportFields]><![endif]–>

Le langage <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394788 \h <![endif]–>11<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les croyances réflexives <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394789 \h <![endif]–>11<!–[if supportFields]><![endif]–>

Les macros représentations <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394790 \h <![endif]–>12<!–[if supportFields]><![endif]–>

Théorie, récit, bonne histoire <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394791 \h <![endif]–>12<!–[if supportFields]><![endif]–>

Rôle des émotions <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394792 \h <![endif]–>14<!–[if supportFields]><![endif]–>

Cognition et émotions <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394793 \h <![endif]–>14<!–[if supportFields]><![endif]–>

Le filtre émotionnel peut prendre l’avantage <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394794 \h <![endif]–>14<!–[if supportFields]><![endif]–>

Rôle des émotions 2 <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394795 \h <![endif]–>15<!–[if supportFields]><![endif]–>

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Propositions réflexives 2 <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394797 \h <![endif]–>15<!–[if supportFields]><![endif]–>

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Conversion et récit <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394799 \h <![endif]–>16<!–[if supportFields]><![endif]–>

Illusions autoprotectrices pour éviter l’angoisse <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394800 \h <![endif]–>17<!–[if supportFields]><![endif]–>

L’illusio <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394801 \h <![endif]–>17<!–[if supportFields]><![endif]–>

Stratégie de manipulation <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394802 \h <![endif]–>18<!–[if supportFields]><![endif]–>

Leurres cognitifs <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394803 \h <![endif]–>18<!–[if supportFields]><![endif]–>

Le besoin de croire : la foi <!–[if supportFields]> PAGEREF _Toc172394804 \h <![endif]–>18<!–[if supportFields]><![endif]–>

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